Scènes

Jeremy Pelt à Saint-Etienne

Programmé au FIL de Saint-Etienne, le quintet de Jeremy Pelt a attiré près de deux cents amateurs…


Un technicien remarquable à la recherche de son âme.
Programmé au FIL de Saint-Étienne par l’active association Gagajazz, le quintet de Jeremy Pelt attire près de deux cents amateurs de jazz qui bravent le froid glacial de ce 28 octobre pour se réchauffer à la chaleur cuivrée de sa trompette.

Jeremy Pelt, étoile montante de la Big Apple, a donné trois concerts en France : deux au Duc des Lombards à Paris et, en point d’orgue, un à Saint-Etienne. Un évènement, car il se produit rarement en France.

Diplômé de la célèbre Berklee School of Music, l’ENA du jazz (promotion 1998), ce trompettiste se fait vite remarquer par sa technique et sa classe. Il joue notamment avec Ravi Coltrane, Roy Hargrove - son mentor - et Franck Lacy. Il déroule au cours de ce concert stéphanois de plus de deux heures un certain nombre de compositions et quelques standards. Ce maestro se lance dans des solos complexes avec une facilité déconcertante et interprète de magnifiques ballades sans mièvrerie aucune, mais à l’issue du concert, on ressent comme un manque. Derrière la musique de ce musicien très « démonstrateur » aux sons très travaillés manque en effet un peu d’âme, ce soul qui constitue tout de même l’essence première du jazz. Trop de technique tuerait-elle la soul ?. On ne s’ennuie pas pour autant car la technique, à un tel niveau, a quelque chose d’irradiant. Tout cela est agréable, mais finalement peu convaincant - comme le prouve, d’ailleurs, la froideur relative du public stéphanois, pourtant réputé pour sa chaleur communicative, mais qui ne lui fait même pas l’aumône d’un rappel.

En jazz, la parité est encore loin de régner chez les cuivres ; il est assez rare de voir des femmes au saxophone ténor. On apprécie donc la présence de Roxy Cross, son style très coulé et plus émetteur d’ondes. Cette musicienne, qui a foulé par le passé la scène proche de Jazz à Vienne, s’exprime certes de manière moins spectaculaire que le leader, mais plus sensible, comme on peut le constater notamment à l’occasion d’une intéressante joute sax ténor/trompette avec Pelt en fin de concert. Ce dernier est par ailleurs accompagné d’un batteur remarquable au jeu pétillant, Jonathan Barber, et d’un contrebassiste plus en demi-teinte, Dwayne Burno.


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Jeremy Pelt et Roxy Cross

Ce concert automnal en préfigure d’autres : il était organisé dans la salle du FIL par Gagajazz, association forte de deux cent adhérents et présidée par Ludovic Murat, professeur au Conservatoire de Saint-Etienne, qui, en quelques années, est passée d’une dizaine de concerts annuels à une vingtaine désormais. Ne disposant pas de sa propre scène, contrairement au Hot Club de Lyon, elle se partage principalement entre le Café Jules, situé au sein de de l’Opéra, et le FIL. Outre qu’elle a rendu une belle visibilité aux notes bleues dans la capitale des Verts et suscité un incontestable élargissement du public jazz, elle organise depuis 2011 les « Jazzeries d’hiver ». La prochaine édition du festival se déroulera du 2 au 17 février 2013 sur deux scènes : celles du FIL et de la Maison de l’Université. On pourra notamment y entendre le pianiste Laurent De Wilde (prix Django Reinhardt et par ailleurs auteur d’une belle biographie de Thelonius Monk [Folio]) et l’étonnant saxophoniste ténor texan Walter Smith III. L’esprit que veut développer Gagajazz consiste à créer une proximité entre musiciens et public. Ainsi, Jeremy Pelt ne s’est-il pas envolé pour les Etats-Unis sitôt le concert terminé, comme on aurait pu le craindre, mais a animé dès le lendemain une master class au Conservatoire et, le soir, participé à un bœuf. Gagajazz organise toutes les semaines de telles rencontres rassemblant musiciens confirmés, futurs professionnels, amateurs et mélomanes.

Une démarche chaleureuse, bien dans l’esprit « gaga » de Saint-Étienne, ancienne ville minière à forte tonalité culturelle qui est à la région Rhône-Alpes ce qu’est l’esprit ch’ti pour la région lilloise. Bienvenue chez les Gagas !