Scènes

John Ellis Quartet

Concert magique au Sunside (Paris), le 22 août 2006


Que de monde au Sunside pour cet événement jazz médiatisé ! John Ellis attire un public avide et nombreux. Impossible de rentrer au Sunside pour premier set du concert, qui en comptera deux de 1h15 chacun.

John Ellis est un musicien visiblement brillant. Sideman chez Charlie Hunter, Robert Glasper, Nicholas Payton, Jason Marsalis, entre autres, on le retrouve dans des contextes aux styles variés tels que le New World Funk Ensemble, Christina Machado et... Dany Brillant ! Il faut bien gagner sa vie !

Visiblement, les membres de ce quartet, regards malicieux et sourires en coin, prennent leur pied à jouer pour un public frétillant d’écouter une musique très attendue : Goldberg rit, Marsalis joue sur les murs, Ellis pose sur le public un œil taquin. En fait, le Sunside n’est qu’une aire de jeux pour ces grands enfants mélodistes et hardis. D’ailleurs, les cinq compositions d’Ellis, au second set, emballent, amusent la galerie et font flotter un florilège de sensations diffuses. Les thèmes sont fleuris et proposent un voyage subtilement groovy, humoristique... ou les deux.

Ce qui surprend ici, c’est la diversité. Ellis utilise pratiquement un instrument différent par morceau : il passe ainsi du sax soprano, au clavieta puis au sax ténor.... Les compositions évoquent tantôt des musiques de films « up tempo », tantôt une rencontre entre deux personnages, symbolisée par le batteur et le pianiste, ou encore la tendresse - dans les ballades - le tout avec beaucoup d’humour. Elles sont en fait agencées comme des romans, des énigmes, des contes ou, pour les ballades, des histoires d’amour.

On retient surtout l’écriture originale et moderne, malgré l’habillage jazz traditionnel, voire ancien, via quelques clins d’œil furtifs. On entend alors des lignes de spiritual/gospel, bebop, swing, calypso, avec un humour pince-sans-rire. Souvent, Ellis adapte légèrement la texture de son ténor pour forcer le trait quand il évoque un vestige de l’histoire du jazz. Son jeu est clair, légèrement percussif, limpide. Très posé, il ne verse jamais dans le criard, son de l’âme déchirée, ni dans la démonstration égocentrique. C’est d’ailleurs inutile puisque les pièces ont presque toutes une structure ascendante et que les musiciens sont imaginatifs : il n’a aucun mal à leur faire confiance et leur laisser un large espace.

La contribution du binôme piano/batterie est impressionnante : tous deux se provoquent dans des débats amicaux qui les emmènent dans des conversations, au final, osmotiques. Au piano, Goldberg est confondant d’à-propos et d’idées, alors que le batteur détient la densité dans ses baguettes. Entre accélérations, changements de tempo et de figures rythmiques à peine perceptibles, les musiciens déversent un flux rythmique insensé qui frappe par sa musicalité. Leur jeu s’adapte aux éléments environnants tel un torrent qui se déverse dans la vallée.

Soulignons enfin l’homogénéité quasi parfaite entre les membres du trio : chacun a sa place, l’occupe pleinement et laisse libre cours à ses envies et inspirations. Tout au long de ce concert, on sent une complicité authentique entre ces hommes, et peut-être même de l’amitié.

Un quartet à découvrir impérativement, tant sur disque qu’en concert.