Chronique

Mengelberg - Toyozumi

The Analects Of Confucius

Misha Mengelberg (p), Sabu Toyozumi (d)

Label / Distribution : NoBusiness Records

Cette confrontation entre Sabu Toyozumi et Misha Mengelberg se conçoit comme la passation d’un savoir entre un maître et son élève. Admirateur inconditionnel de Misha Mengelberg, le batteur japonais est un adepte du Watazumido, la voie du maître du zen rinzai Watazumi Doso.

Sabu Toyozumi est exemplaire, sa créativité est le fruit d’années de pratique instrumentale où il n’a cessé de développer un style de percussion original tout en s’acquittant d’une discipline rigoureuse. Artiste accompli, il est réputé pour ses calligraphies et l’une de ses œuvres orne la pochette de cet album The Analects Of Confucius. Son expérience musicale témoigne d’une flexibilité hors norme : il a formé avec Charles Mingus la section rythmique de l’orchestre The New Herd de Toshiyuki Miyama et s’est produit avec le spécialiste des synthétiseurs Stomu Yamashta ainsi qu’avec le groupe de musique bruitiste Hijokaidan. Mais c’est avec les spécialistes de l’improvisation libre qu’il excelle, Anthony Braxton, Derek Bailey ou Peter Brötzmann. Fasciné par le jeu pianistique de Misha Mengelberg il lui dédie une longue pièce qui avoisine les quarante minutes, « my guru MM ». Ce dialogue intense s’achemine vers des contrées inédites où l’humour et la spiritualité font bon ménage. Les interactions prennent de l’ampleur dans la confrontation exquise qui anime « teremakashi to forest of KEYAGU ». Le pianiste néerlandais balise le parcours par son jeu intrigant, véritable tremplin pour les facéties du batteur. Le boogie, le blues et des accents de ragtime apparaissent au détour d’un phrasé et contribuent à alimenter les structures mélodiques étourdissantes. Animateur prolifique au sein de son ICP Orchestra, Misha Mengelberg a toujours brillé dans les petites formations : ses interventions dans le quintet Change Of Season dédié à Herbie Nichols ou avec son trio sensationnel dans Who’s Bridge ont imposé son langage fait d’abstractions et d’introspections manifestes.

L’approfondissement de ce dialogue musical émaillé d’une multitude de surprises échappe à tout hermétisme. Bien souvent, lorsque les concerts de musique improvisée sont retranscrits sur disque il y manque cruellement ce qui en fait le charme, l’aspect visuel. Ici, le lyrisme et la place accordée au silence procurent un sentiment d’ivresse permanent. « off MINOR » de Thelonious Monk (écrit avec un mot en majuscule comme les autres titres de ce disque) referme ce témoignage essentiel daté du 21 octobre 2000 et qui n’a pas pris une ride.

par Mario Borroni // Publié le 11 janvier 2026
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