Chronique

Michael Attias

Quartet vol.1 : LuMiSong

Michaël Attias (as), Santiago Leibson (cl), Matt Pavolka (b), Mark Ferber (d) + Christopher Hoffman (cello).

Label / Distribution : Out of Your Head Records

On avait laissé, avant la pandémie le saxophoniste Michael Attias sur un puissant solo. Échos la nuit était un cri d’amour au jazz comme au goût du voyage intérieur, travail de collage intime qu’il nous offrait en partage. Las sans doute d’être seul durant le confinement, Attias avait besoin de collectif, de retrouver le goût de l’interplay. À ce titre, son orchestre nommé LuMiSong semble taillé pour libérer les envies et les gourmandises : à ses côtés, on est heureux de découvrir le pianiste Santiago Leibson, dont Attias nous avait parlé lors d’une interview en 2019. Pianiste très rythmique, on peut également apprécier son goût de la distance et des nappes lorsque celui-ci passe au clavier électrique (« #63 Settled »). C’est le liant de cet orchestre où Attias jouit d’une grande liberté, à l’instar des constructions solides de « Mister Softee Is A Front » où l’alto se ballade, solidement accroché à la contrebasse de Matt Pavolka, un coutumier de Russ Lossing, dans un blues qui aurait croisé la musique répétitive.

Car c’est encore de collage qu’il s’agit dans ce Quartet Music vol.1 : LuMiSong qui appelle donc une série. En compositeur et musicien érudit, Michael Attias va chercher ses influences tout autant dans la Seconde École de Vienne que dans l’électricité psychédélique des années 70. Ce ne sont ni des hommages appuyés ni des citations évanescentes, mais des captations d’atmosphère qui conduisent à une grande modernité. « NME », le morceau le plus introspectif de l’album où le batteur Mark Ferber, déjà entendu avec John Yao, a un rôle très important, notamment dans les transitions ou lorsque Michael Attias se confronte à son propre double dans un re-recording troublant, emporté par le Wurlitzer de Pavloka. Ce morceau est un palais des glaces, une invitation à s’égarer

LuMiSong est un disque ou la précision n’empêche pas l’errance, et où la multiplicité des chemins ouvre de nouvelles voies. C’est avec « Hexway Liner » que l’orchestre offre sa plus belle prestation, le piano soudain plus directif éclairant un chemin où la polyrythmie de Ferber est une nouvelle boussole. La section rythmique s’en donne à cœur joie dans un groove solide dont le saxophoniste s’empare joyeusement. Mais c’est l’ajout d’un invité, le violoncelliste Christopher Hoffmann, qui fait basculer le morceau dans une dimension plus nerveuse. On ne sait pas encore ce que seront les prochains volumes de Quartet Music. Notons cependant que ce premier essai place la barre très haut.

par Franpi Barriaux // Publié le 8 juillet 2024
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