Nicolas Stephan & Thomas Zielinski
IMIU
Nicolas Stephan (ts), Thomas Zielinski (g).
Label / Distribution : 2035 Records
C’est avec le jeune guitariste Thomas Zielinski, qui joue avec la même rigueur que lui des motifs très géométriques, qu’on retrouve le saxophoniste Nicolas Stephan, dans un échange qui ressemble à s’y méprendre à ce que le néo-Havrais proposait dans Paar Linien. La musique de IMIU est l’histoire d’une rencontre en plein désert entre une guitare décharnée et un ténor au feulement de sirocco. Voici ce que raconte « Je préfère le sec au chaud » où le minimalisme est de rigueur dans un univers où le silence est un drone comme un autre, jamais quiet et toujours en mouvement. C’est ce que l’on retrouve dans « Sentier des Phalènes » où l’opposition entre les deux approches pourtant complémentaires se fait plus rocailleuse. Le morceau est heurté, les extrémités sont coupantes et vives, sans pour autant prendre la place du silence. Une définition d’une nervosité inquiète, aussi acide qu’aride.
Entièrement improvisée, cette rencontre suit les principes chers à Stephan, avec ses angles aigus et ses grognements électriques qui viennent noircir le son très clair de son saxophone, celui qui se confronte à l’orage sec d’un son gonflé d’acier dans « Arbres et rivières ». Un son qui se chiffonne comme un papier huilé à mesure que la guitare de Zielinski est frappée comme une enclume dans une fonderie. La chaleur exacerbée, toujours.
C’est avec « Basil », morceau central et décisif, qu’on apprécie vraiment la mécanique mise en œuvre : Nicolas Stephan joue un motif répétitif, entêtant, robotique en dépit de sa grande incarnation quand Thomas Zielinski travaille un son instable, rugueux et foncièrement indocile. L’alchimie des deux donne le sentiment d’un grand bâtiment fonctionnel qui se délite sous nos yeux avec une lenteur angoissante mais inexorable. On retrouve ici le Stephan de La Violence dans les détails et un discours finalement assez politique sur un possible effondrement, ce qui n’étonnera pas ceux qui connaissent le Collectif 2035, cher entre autres à Léa Ciechelski, collègue de Stephan dans le Surnatural Orchestra. C’est ce même collectif qui publie ce premier album d’Inui, extrêmement instinctif.

