Chronique

Ménégoz, Stephan, Girard, Koerner

Cagoules et décalcomanies

Fanny Ménégoz (fl, voc), Nicolas Stephan (sax, voc), Théo Girard (b), Rafaël Koerner (d)

Label / Distribution : Neuklang

A l’initiative de la flûtiste Fanny Ménégoz et du saxophoniste Nicolas Stephan, le quartet dont il est ici question défend une musique roborative qui se situe sur un axe de poésie politique. Rien de platement programmatique pour autant, l’association d’une musique instrumentale et de chansons oriente l’ensemble vers des territoires de musique pure enrichis de sens. Les voix tiennent, en effet, une part importante dans ce répertoire où elles finissent par s’imposer sans chercher à montrer une quelconque virtuosité.

Que ce soit la gouaille mordante du saxophoniste lorsqu’il évoque en anglais ce soldat de l’armée zapatiste croisé voici quelques années, que ce soit la morgue joueuse de la flûtiste, dont on peut être ou non sensible au timbre de la voix lorsqu’elle interprète les chansons en créole de la Réunionnaise Anne O’Aro (avec qui elle joue par ailleurs), les parties vocales qui se situent dans une approche pop sont des interprétations réussies. Le groupe, fort de ce supplément d’incarnation, s’en trouve d’ailleurs galvanisé et peut alors donner libre cours à ses interventions.

Articulé autour d’une basse épaisse et stable, celle de Théo Girard sur laquelle s’appuie la batterie constamment renouvelée de Raphaël Korner, le quartet s’avance avec gourmandise dans un jazz généreux, sinueux dans ses lignes mélodiques mais qui conserve la capacité de toucher au cœur, voire développe une émulation collective que rendent plus dynamiques encore les parties improvisées. Saxophone et flûte offrent une communion arrondie et tonique lorsqu’ils vont de concert et se laissent aller sur les parties solistes à des développements habiles à la dextérité euphorisante.

L’équilibre trouvé entre une musique efficace, colorée et subtilement complexe, et des parties chantées pleines d’images fortes fait de ce programme un monde ouvert qui s’enrichit de ses influences multiples et s’épanouit sans afféterie, avec simplicité et convivialité.