Scènes

Rhizottome

Festival Vibrations (Rouen)


Photo © Franpi Barriaux

Le festival Vibrations s’est installé pendant une semaine au Jardin des Plantes de Rouen, un des plus beau lieu de la ville, loin des clochers et des vues muséales pour visiteurs attirés par Jeanne d’Arc ou les Impressionnistes.

Cet événement de fin d’été proposait pour sa première édition une programmation à forte coloration chambriste dans la superbe Orangerie de cet écrin aux serres classées. Un lieu idéal pour accueillir Rhizottome, en collaboration avec le Rouen Jazz Action.

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Rhizottome © F. Barriaux

Le duo constitué du saxophoniste Matthieu Metzger, ancien de l’ONJ mouture Yvinec, et d’Armelle Doucet, aussi douée en danse contemporaine qu’à l’accordéon diatonique, ne tarde pas à faire résonner les hauts plafonds. Le bâtiment a l’habitude du voyage immobile et du paradoxe géographique : l’hiver (en tout cas sa version officielle, puisque cette année, il semble s’installer dès la fin août dans la capitale normande), l’orangerie accueille les plantes tropicales qui en été, prennent le frais dehors. Les détours balkaniques et les courtes plongées asiatiques de Rhizottome se trouvent donc en terrain complice.

Les deux musiciens sont assis au milieu de l’estrade, rien ne bouge et pourtant tout tangue, de la valse à la « mazurka bizarre et la scottish de travers », comme s’amuse à le dire Armelle Doucet. Le timbre de l’accordéon est franc, enjoué ; de son vécu de danseuse, cette dernière a conservé l’économie des gestes - lesquels sont cependant signifiants jusque dans le jeu de soufflet, qui a son importance visuelle autant que musicale. Dans la musique traditionnelle, Rhizottome puise ses rythmes chaloupés et une certaine légèreté, que l’on retrouve sur son disque [(ELU Citizen Jazz). Toutes les compositions ou presque sont des créations, mais qui s’inspirent de nombreux patrimoines. Tels sont les coupeurs de racines : il ne s’agit pas de laisser la terre en jachère, mais de constituer des bouquets à pleines brassées. Une forme d’ikebana rapportée à la musique improvisée ? Le duo s’apprête à partir le lendemain pour la Corée puis le Japon [1] et son propos, comme l’illustre le magnifique « Hiakunen no kodoku », est irisé d’influences nippones.


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Armelle Doucet © F. Barriaux

Sur ce morceau, Matthieu Metzger se lance dans une longue tirade improvisée qui transporte la danse dans des univers parallèles. Le pavillon du sopranino obstrué par sa cuisse il joue, avec les clefs et les vrombissement assourdis, un thème fantomatique. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises : en fin de concert, il sort de son sac un instrument étrange, fruit de ses bricolages, ces systoles systems qu’il évoquait dans un entretien accordé à notre magazine (il en a d’ailleurs fait un magnifique album). Sur le rythme effréné de scottish tenu par sa comparse, un tuyau transforme sa voix en mélodie robotique à travers le corps d’un saxophone-jouet. À un spectateur venu l’interroger à ce sujet, il confiera dans un éclat de rire que, sans leurs masques, les Daft Punk sont en fait Rhizottome. En tout cas, une chose est sûre : ce duo sait faire danser. Coïncidence ? Allez savoir…

par Franpi Barriaux // Publié le 7 septembre 2015

[1Matthieu Metzger proposera, dans les prochaines semaines, un journal de ce voyage à Citizen Jazz.