Chronique

Janinet, Henriksen, Vuillermoz, Lucaciu

Garden of Silences

Clément Janinet (vln, nyckelharpa), Arve Henriksen (tp, elec), Ambre Vuillermoz (acc), Robert Lucaciu (b)

Label / Distribution : BMC Records

Projet parallèle à sa Litanie des Cimes déjà très aérée en termes d’espace, il est possible que Garden of Silences soit le projet le plus ample, mais aussi le plus beau que le violoniste Clément Janinet ait jamais porté. C’est le sentiment que l’on a dès les prémices de ce disque et le remarquable « Transformations » où sa discussion légère, simple, avec le contrebassiste allemand Robert Lucaciu construit un champ très étendu où musique traditionnelle, ancienne et improvisée se mélangent avec une facilité lumineuse. Toujours très sensible à la danse et à la dimension orchestrale de son instrument, Janinet a su avec ce quartet réunir un instrumentarium troublant et très complémentaire. Avec le feu-follet Arve Henriksen, membre solide de la scène norvégienne, il peut passer de Marin Marais (« Musette », sommet de l’album où la complémentarité est à son comble) à des contemplations fardées d’électronique et d’effets qui ne cherchent jamais à éblouir de technique. Dans ce jardin, tout s’irrigue naturellement.

Cette quiétude, on la doit beaucoup à Ambre Vuillermoz, dont l’accordéon est comme un vent qui s’instille partout et emporte avec lui des chatons et des graines qui vont féconder le reste de l’orchestre. La jeune femme, très impliquée dans la musique contemporaine, est l’archétype du sensible ; elle joue avec le souci de l’économie de notes, et de faire jouer ses compagnons. Parfois, chez Buxtehude, Janinet prend quelques libertés pour s’échapper (« Garden Host Mistery ») ou, chez Dowland, magnifique « Interlude », elle est avec le violon le relais des tangentes prises par une trompette chaleureuse mais jamais excessive qui ouvre davantage encore le spectre de cette musique, intemporelle car hors du temps.

Avec « Repetitive Cantum », Clément Janinet revient à ses propres obsessions en cherchant dans le minimalisme des ponts avec la musique ancienne. L’alliance de ses cordes avec l’accordéon est puissamment évocatrice d’un consort de poche, mais Garden of Silences doit également beaucoup à Lucaciu. Le contrebassiste est d’une justesse et d’une rigueur remarquables, en pizzicati comme à l’archet (« In The Head »), où irradie toute cette musique, a fortiori quand Janinet lâche le violon pour la nyckelharpa suédoise, ajoutant une couleur trad à cette musique sans boussole ni horloge qui voyage en toute quiétude dans notre propre imaginaire. Garden of Silences est un disque BMC. Où d’autre, sincèrement, retrouver ce jardin des délices ?