Tribune

Carnet de bord : Rhizottome au Japon - 3


Photo © Franpi Barriaux

13 Septembre

Le lendemain, la même Tokiko - qui participe à l’organisation du Marché mensuel à l’Institut Français - nous invite à jouer notre répertoire en plusieurs petites apparitions tout au long de la journée. Une journée ensoleillée, pleine de petits stands, avec les fameux parasols Ricard délavés de la terrasse au charme désuet, presque raccord avec ce beau bâtiment des années 30.

Moins plaisant pour nous, la musique de fond sera du Brassens repris par un obscur groupe de variété, mais surtout du Zaz et du Carla Bruni. Le cliché nous fait sourire. Le Consul qui passe par là vient gentiment nous accueillir, nous parlons des futurs événements à la Nuit Blanche (version Kyôto) le 3 octobre. Ainsi que d’une éventuelle venue des premiers ministres pour l’occasion ; le « nôtre », et celui du Japon.


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Rhizottome à l’Institut Français © Tokiko Ihara

Dès 11h, nous commençons par interpréter « Cavale/Cabane », puis « Voltaire/Fushin », compositions personnelles prévues pour s’enchaîner. « Voltaire » commence par une longue introduction improvisée pour amener au thème. Et il se trouve qu’aujourd’hui, des bribes du chant des partisans collent parfaitement avec les accords. Ce clin d’œil n’est pas une défiance de pacotille vis à vis de l’institution puisque nous avons demandé à y venir. C’est plutôt, en tout premier lieu, un moyen de signifier que nous sommes ici seulement pour offrir notre modeste musique aux gens, ce public attentif et souriant.

C’est alors qu’au loin apparaissent quelques voix et percussions, d’abord indiscernables puis tout à fait claires. Il s’agit d’une manifestation passant devant l’Institut. C’est chose rare ici. Ce cortège évoque une nouvelle loi permettant le départ de troupes pour le Moyen-Orient aux côtés des États-Unis. Et leurs tambours maintenant bien distincts sont exactement au tempo de « Fushin » (pouvant signifier en japonais malentendu, suspicion, déloyauté) que nous allions enchaîner, et qui s’y mélange sans que nous ne changions que ce soit, repartant de plus belle.

Echo sensible et fortuit ; et le chant des partisans soufflé en amont dans l’introduction avait le pouvoir de se transformer alors, de l’autre côté de la rue, en une dédicace bienveillante.

« Music is the best », disait Zappa. La journée commence… Bien.