
Akira Sakata
Hyperentasis
Akira Sakata (as, voc), Giovanni di Domenico (p), Giotis Diamanidis (g), Petros Damianidis (b), Aleksandar Škorić, Tatsuhisa Yamamoto, Paal Nilssen-Love (d)
Label / Distribution : Defkaz Records
On ne connaissait pas le lien particulier que nourrissait le multianchiste Akira Sakata avec la ville de Thessalonique, mais le très intéressant label grec Defkaz Records nous le dévoile à propos. Un lien suffisamment fort pour que Sakata décide d’y célébrer ses 80 ans avec les frères Giotis Diamanidis (guitare électrique) et Petros Diamanidis (contrebasse). On sait la fratrie membre de son orchestre Entasis, qui nous avait enchantés l’an passé, et c’est de nouveau avec cet orchestre que l’on découvre un modèle de tension maximale, la guitare faisant peser toute sa masse électrique sur le flot ininterrompu d’un déluge du piano de Giovanni di Domenico. Voici plusieurs années que Sakata partage ses aventures avec le pianiste, et cet enregistrement de 2023 fait montre d’un véritable équilibre des forces où la batterie du Serbe Aleksandar Škorić est le point de fusion, riveté au chaos qu’il convient de sculpter. Le bien nommé et très dense « Collision Path » en est le meilleur des exemples, le saxophone alto criant sous la mitraille, sans pour autant couvrir une vraie finesse, notamment avec les frères Diamanidis.
Ce concert d’Entasis est profond, et Sakata sensei [1] y rayonne particulièrement, notamment lorsque qu’il donne de la voix en japonais sur la guitare rauque de Giotis Diamanidis (« I atsumori no saïgo ») ; dans ce morceau, la main droite de di Domenico feint la légèreté en s’abattant en fine pluie, mais ce n’est que le début de l’orage. Tout le disque épouse ce climat lourd, souvent irrespirable, mais tellement libérateur ! Il en va presque de même dans Sakata 80, la seconde partie de ce double album, toujours enregistrée à Thessalonique [2]. Il s’agit ici de Hyperentasis, et les rapports de forces ont changé, puisque le désormais sextet accueille deux batteries. Et pas des moindres, puisque si Škorić a laissé la place au Nippon Tatsuhisa Yamamoto [3], c’est Paal Nilssen-Love qui s’invite à l’anniversaire du vétéran Sakata pour un concert tout en superlatif.
Disons-le tout net, ce concert est une gourmandise pour amateurs de free. La guitare feule, les chemins se croisent, s’entrecroisent et se bousculent pour engendrer un chaos savamment entretenu par un Sakata qui règne par son calme olympien, accélérant ou au contraire se jouant de pas plus feutrés quand il ne donne pas de la voix. On pense à un orchestre comme l’Humanization 4tet de Luís Lopes pour cette puissance naturelle et jamais surjouée qui nous emporte sans posture dans un délicieux bouleversement.
