Scènes

Baignade sauvage dans le méandre d’Ambialet

Dans le village d’Ambialet, le festival Baignade sauvage bouscule les codes musicaux pour la treizième fois. Récit des deux premières journées.


Thibault Florent © Gilles Gaujarengues

Baignade Sauvage est un festival qui, comme Jazz à Luz ou Météo (Mulhouse), propose des musiques aventureuses, de celles qui prennent les chemins de traverse et les sentes escarpées. Une aubaine pour les créateurs de tout poil et les amateurs de choses pas ordinaires.

Cet avant-dernier jeudi d’août, il fallait crapahuter jusqu’au prieuré d’Ambialet car le concert d’ouverture de l’édition 2025 de Baignade Sauvage par Gwenifer Raymond accueillait les festivaliers qui acceptaient de faire un pas de côté esthétique. La guitariste y proposait un set de folk instrumental revu et corrigé où beaucoup se jouait dans la mise sous tension, les crescendos et les decrescendos. Un concert à la fois riche et volontairement dépouillé, à l’image de l’église où elle se produisait.

Gwenifer Raymond © Gilles Gaujarengues

Une des caractéristiques de Baignade Sauvage réside d’ailleurs dans le choix de lieux insolites. C’est une marque forte et revendiquée par Benjamin Maumus qui pilote le festival ; les choses n’ont pas été faites à moitié. Le méandre du Tarn qui enserre le village d’Ambialet est à lui seul un cadre exceptionnel : maisons perchées, eau de part et d’autre du village, pitons rocheux… tout se prête ici à mettre en lien la musique et son cadre. L’équipe l’a compris et l’exploite intelligemment.

Pour assister aux deux concerts suivants, en guise de clôture de la première journée, il fallait contourner le prieuré sur son pech. On assistait d’abord au so-lo-lo #3 de Thibault Florent. Une transe jouée au gré de sa douze-cordes électrique, de ses deux pieds en guise de percussions et de quelques improbables objets détournés. Le guitariste nous emmenait au gré de changements souvent millimétrés dans un univers de volutes musicales.

L’effet de groupe, peut-être ? Frantx terminait la journée et la nuit avec plus de puissance, plus d’énergie, plus de brutalité aussi. Il est vrai que quatre instruments dont une batterie donnent plus de volume sonore qu’un solo. Mais plus sûrement, cela tenait à la proposition esthétique.

Les plus matinaux et curieux pouvaient le lendemain prendre le train d’une balade pédestre autour d’Ambialet. L’idée de l’équipe était, une fois encore, d’inscrire le festival dans son environnement. Cette balade sur le sentier des cabanes était agrémentée d’un concert en duo entre Fanny Meteier et Elio Amberg. Le cadre bucolique d’un beau parc se prêtait particulièrement bien à ce duo tuba-saxophone alto en mode improvisation totale et sieste acoustique tandis que d’autres entamaient leur pique-nique.

Fanny Meteier et Elio Amberg © Gilles Gaujarengues

La musique était donc dans la cité et ce fut plus flagrant encore lorsque Heinali et Andriana-Yaroslava Saienko prirent place dans l’église de la Condomine, pleine à craquer, pour un set mêlant électronique et voix. D’un mot, on peut dire que cette « méditation médiévale » était avant tout une prestation néo-mystique. La petite église était emplie de la voix, autour d’Hildegarde de Bingen, relevée par les plages électroniques en guise d’orgue moderne. Impossible toutefois de ne pas penser qu’il s’agissait aussi de mettre en avant l’Ukraine, de rappeler que la guerre y sévit et qu’un peuple résiste. Dès lors, le chant pouvait être une supplique tandis que la musique, quand elle envahissait l’espace, pouvait signifier les bombardements, l’urgence, le désespoir, le courage. La messe était dite, on en sortait sonné.

La suite était assurée par Sc’ööf, un trio à l’ADN bourré d’électronique car même les instruments acoustiques étaient utilisés dans ce registre. Le propos est brutal, incisif, expiatoire, venu quelque part d’un électro-rock post-industriel qui met tout le monde d’accord, et l’écho donné à la cour de la centrale hydroélectrique qui accueillait le concert venait à point nommé. Y a pas à dire, les organisateurs savent y faire.