Scènes

Südtirol Jazzfestival Alto Adige de haut en bas 🇮🇹

Le festival au Tyrol italien est toujours une référence en matière de musiques nouvelles et de lieux peu communs.


C’est un événement toujours aussi incroyable qui se déroule à Bolzano et dans ses environs, où le jazz expérimental et aventureux trouve sa forme idéale, avec des concerts en ville, sous terre et en haute montagne.
Voici un résumé en français pour Citizen Jazz du reportage publié par notre confrère dans le magazine néerlandais Written in Music.

Brainteaser Orchestra © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

Pour l’ouverture, le Brainteaser Orchestra a joué à l’extérieur. Une partie du groupe Industrial Echoes - Pau Sola (chant), Aleksander Sever (vibraphone), Pablo Rodriquez (violon), Federico Calcagno (clarinette basse), Kika Sprangers (saxophone) et Yanna Pelser (alto) – s’est agrégée au claviériste/compositeur néerlandais Tijn Wybenga et son orchestre comprenant George Dumitriu (violon), Nicolò Ricci (saxophone), Alessandro Fongaro (contrebasse), Nabou Claerhout (trombone), Teis Semey (guitare) et Jamie Peet (batterie). La plupart des musiciens a étudié au conservatoire d’Amsterdam et y réside. Brainteaser est une œuvre orchestrale de grande envergure qui fait forte impression.

Puis, depuis Bolzano, nous nous dirigeons en téléphérique vers le Vigiljoch, une haute montagne en direction de Merano. Sous le nom de projet Floating Through Sound, les musiciens sont installés dans la nature sous le téléphérique afin que vous puissiez entendre, pendant le trajet, de la musique provenant de différents endroits de la nature.

Floating Through Sound © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

À l’arrivée, la guitariste lettone Ella Zirina y joue avec son trio, composé de Robert Landfermann à la contrebasse et Jamie Peet à la batterie. Le cadre exceptionnel au sommet de la montagne rend bien sûr ce concert tout à fait spécial, tout comme la musique jouée par le trio. Formée au conservatoire d’Amsterdam par Reinier Baas (professeur), Zirina est devenue une guitariste qui, grâce à son jeu très atmosphérique, ouvre un univers musical qui lui est propre.

Zirina redescend rapidement des montagnes pour accompagner la saxophoniste Kika Sprangers en début de soirée dans un cadre intime au siège du Südtirol Jazzfestival. Ils n’ont jamais joué ensemble en duo auparavant et le font maintenant sous le nom de Sonic Reactions. Deux musiciens qui se complètent bien produisent toujours une belle musique. Zirina reprend son jeu atmosphérique, sa guitare finement imprégnée d’effets, tel qu’elle l’avait laissé dans les montagnes, et Sprangers le complète par un jeu varié et puissant.

Le groupe qui clôture la soirée est Raw Fish, le duo composé du guitariste danois Teis Semey et du batteur italien Giovanni Iacovella. Comme le nom du groupe l’indique, c’est un duo qui joue de manière brute et aventureuse.

Le Franzensfeste, à une heure de Bolzano, est un complexe de 65 000 mètres carrés, chef-d’œuvre de l’architecture militaire autrichienne inauguré par l’empereur Ferdinand Ier en 1838, puis abandonné et transformé en centre culturel en 2005. Dans l’un des jardins intérieurs joue le quartet autrichien Purple Muscle Car, qui propose un savant mélange éclectique de jazz, d’électronique, de hip-hop, de pop et de rock, comme on peut l’entendre sur leur premier album éponyme sorti l’année dernière.

De retour à Bolzano, l’ambiance est tout autre à la Goethe Haus. Le pianiste Emanuele Maniscalco et le saxophoniste Nicolò Ricci y donnent un concert empreint d’atmosphère et de mélancolie. La petite salle est brûlante, mais le public écoute avec une attention soutenue. C’est surtout Maniscalco qui, avec son jeu pianistique souvent répétitif, crée l’atmosphère sur laquelle Ricci laisse libre cours à ses improvisations.

Le batteur belge Stéphane Galland présente ici son nouveau projet avec The Rhythm Hunters. Ce groupe est composé de musiciens internationaux qui changent régulièrement, ce qui permet aux morceaux écrits par Galland de conserver leur fraîcheur. Les morceaux ont pour devise : les gens peuvent-ils vivre sans rythme ?

Au Wanderlust yoga and movimento, nous assistons au set de la tromboniste Antonia Hausmann et de la contrebassiste Marion Ruault. Elles jouent un set magnifique, presque silencieux, dans le cadre de la très agréable série Sonic Reactions.

Camila Nebbia et Dan Kinzelman © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

Le Bunker H fait partie d’un gigantesque complexe souterrain construit ici par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui recouvert de graffitis, il reste un lieu sombre (et honteux), mais aussi un endroit très particulier pour organiser un concert. Les saxophonistes Camila Nebbia et Dan Kinzelman apparaissent d’abord le long du parcours que nous empruntons à travers l’énorme complexe de bunkers. Leur jeu est exubérant et très libre. Le son qu’ils produisent, d’abord séparément puis ensemble après quelques instants, est beaucoup plus proche des sons que l’on peut tirer d’un saxophone. C’est bizarre et intrigant, mais dans ce réseau souterrain, chargé d’un passé si sombre, cela fonctionne à merveille. Et quand ils entrent dans l’eau au bout du tunnel, cela devient tout à fait exceptionnel.

À la distillerie de Roner où, après avoir été accueillis avec un délicieux limoncellospritz, nous voyons jouer le violoncelliste Francisco Guerri. C’est toujours un endroit spécial pour voir des musiciens. Souvent en solo, parfois en duo. Son jeu est varié et stimulant. Plus classique et contemporain que jazz, mais avec cette même liberté de conviction.

Le programme se poursuit avec le groupe suisse Sc’ööf, à Batzen Südwerk, pour un set puissant et décalé, rempli de guitare, de batterie répétitive et d’électronique solide. Et joué avec beaucoup d’énergie et de conviction. Exactement le genre de performance qui rend le Südtirol Jazzfestival si spécial, même pendant la nuit.

Filippo Vignato et Andi Tausch © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

Dans le magasin de disques Rebel Rebel le concert Sonic Reactions d’aujourd’hui est donné par le tromboniste Filippo Vignato et le guitariste Andi Tausch. Comme tous les autres concerts Sonic Reactions, les musiciens ne se connaissent pas et partent à l’aventure avec le public. Tausch est un guitariste qui joue clairement en fonction de l’ambiance et du son. Vignato doit redoubler d’efforts pour faire passer le message grâce à son jeu expressif. Sonic Reactions est un nom très bien choisi, car les musiciens réagissent non seulement au jeu des autres, mais aussi aux bruits environnants. C’est ce qui rend ces courts concerts si spéciaux.

Au cinéma, le vieux film muet italien Der Mandarin est accompagné de musique live par Lieven van Pée (contrebasse), Simon Segers (batterie) et l’omniprésent Dan Kinzelman. Deux tiers de De Beren Gieren, car le claviériste Fulco Ottervanger a malheureusement dû se désister pour des raisons familiales. C’est d’autant plus dommage que la plupart des morceaux qu’ils jouent ont été préparés par Ottervanger, sous forme d’esquisses.
Van Pée, Segers et Kinzelman en font une belle bande originale, tantôt calme, tantôt extrêmement stimulante, qui correspond exactement à l’atmosphère du film.

La chanteuse mongole Enji et le percussionniste Simon Popp, forment le duo Poeji, très particulier. Popp est un percussionniste intéressant et génial, qui trouve sans cesse de nouvelles possibilités pour créer des rythmes. Il crée des ambiances fantastiques au dulcimer. Il offre donc toutes les possibilités pour qu’Enji puisse faire valoir sa voix de manière optimale. Une voix qui s’affirme de plus en plus au cours du spectacle.

Delphine Joussein © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

Au Batzen Sudwerk, les musiciens Lukas Kranzelbinder, Delphine Joussein, Johannes Schleiermacher, Julian Sartorius et trois danseurs vous entraînent dans un exercice musical libre qui alterne entre éclats, rythmes dansants et moments plus calmes, pour vous captiver pendant cinq heures.

Le concert solo de Delphine Joussein dans les bâtiments de la Messe, dans la zone industrielle de Bolzano, est d’un tout autre ordre. Joussein dispose d’un immense hall industriel pour créer, à l’aide d’un spectacle lumineux impressionnant et d’un large éventail de pédales, un son qui ne rappelle en rien celui de la flûte. Elle joue un set court et intense.

Emmeluth’s Amoeba © Südtirol Jazzfestival Alto Adige

Pour terminer la soirée, le groupe de la saxophoniste alto Signe Emmeluth. Elle a formé un groupe avec lequel elle a développé un son presque anarchique. Notamment parce qu’Ole Jofjell joue d’une batterie rock et que Karl Bjorå, guitariste issu du jazz, tend clairement vers une guitare alternative qui se rapproche davantage du rock. Le pianiste Christian Balvig a un style tout aussi turbulent et, tout comme Emmeluth, il est un moteur du son du groupe. Ce soir, ils ne joueront que des morceaux inédits d’un album qui ne sortira que l’année prochaine.
Le son est puissant, brut et rebelle.
À fond les ballons.