Chronique

Christian Vander Quartet

Concert Rennes 2002

Christian Vander (d), Emmanuel Borghi (p), Éric Prost (ts, ss), Emmanuel Grimonprez (b).

Label / Distribution : ACEL

Christian Vander voue depuis son enfance un culte à John Coltrane. Et si l’influence du saxophoniste n’a été qu’indirecte dans la musique de Magma, elle aura été explicite dans celle d’Offering et surtout totale lorsque le batteur se produit au sein de son trio ou de son quartet. Cette expression aux couleurs du jazz est pour le batteur une manière de puiser à une source nourricière, à même de lui fournir l’énergie nécessaire à la poursuite de sa quête hors norme. Qu’on soit sensible ou pas à l’idiome Magma, force est de reconnaître sa singularité mêlée de démesure et sa puissance de feu sur scène. Une aventure qui dure depuis plus de 55 ans, tout de même.

Le témoignage que livre Concert Rennes 2002 est sans doute celui qui exprime à ce jour au plus près la dévotion de Vander au monument Coltrane. Ici, on interprète exclusivement sa musique (« Transition », « Equinox », « Impressions », « Crescent ») ou celle dont il s’était emparé (« My Favorite Things », « I Want To Talk About You »), dans un respect quasi religieux de l’esprit et de l’engagement total que le saxophoniste lui avait insufflés durant son parcours météorique. Cet enregistrement, déjà ancien, est d’autant plus bienvenu que le batteur avait laissé peu de traces discographiques : deux albums studio en trio (Jour après jour en 1990 et 65 ! en 1995) et un album en quartet (Live au Sunset en 1999). Auxquels on ajoutera Welcome (1996) en septet avec Simon Goubert. Il est aussi l’occasion de mettre en évidence le jeu d’Éric Prost, au saxophone ténor ou soprano, qui est sans doute – que Yannick Rieu et Jean-Michel Couchet, autres titulaires du poste, ne nous en veuillent pas de le souligner – le plus convaincant de toute l’histoire du quartet. Un jeu en fusion, brûlant et totalement habité, poussé comme on le devine dans ses ultimes retranchements par une foi coltranienne sans équivalent. Tout le groupe creuse au plus profond le sillon : Christian Vander, pour omniprésent qu’il soit (en témoigne notamment un long chorus sur « Impressions »), est dévoué à cette cause presque mystique qu’il sert avec une humilité assumée, le foisonnement de son instrument – héritier d’Elvin Jones – ne faisant qu’un avec les deux partenaires habituels de son trio (Emmanuel Borghi au piano [1] et Emmanuel Grimonprez à la contrebasse). Leur musique ruisselle de passion. Car ce ruissellement existe bien et n’a pas besoin de fumeuse théorie. Le quartet était bel et bien en fusion à Rennes en ce 30 mars 2002.

On en oublie les menues imperfections de l’enregistrement (certaines compositions étant tronquées) pour ne retenir que l’incroyable force qui se dégage de ses 70 minutes volcaniques et leur présence intacte près d’un quart de siècle plus tard. Et on ne manquera pas de souligner le clin d’œil graphique de la pochette adressé au label Impulse !, et plus particulièrement à un album de John Coltrane, Crescent. Une belle réalisation à mettre au crédit de Jean-Jacques Leca et du travail fourni par son label ACEL.

par Denis Desassis // Publié le 8 mars 2026

[1Emmanuel Borghi retrouvait donc ici son complice Éric Prost, qu’il avait eu l’occasion de côtoyer à la fin des années 90 au sein de l’excellent Collectif Mû.