Chronique

Courtois, Fincker, Erdmann

Lines for Lions

Vincent Courtois (cello) ; Daniel Erdmann (ts) ; Robin Fincker (cl, ts)

Label / Distribution : La Buissonne

Sur la pochette de Lines for Lions : un soleil éclatant au-dessus de palmiers hollywoodiens et d’un essaim serré de nuages. Vous voilà prévenu : villégiature, oui — mais avec risques de turbulences.

Douze ans d’existence pour ce trio : Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor), Robin Fincker (ténor et clarinette). Cinq disques au compteur, tous salués, parfois primés.
La West Coast — Stan Getz, Gerry Mulligan, Lee Konitz, Art Pepper ou Chico Hamilton et les splendeurs de son quintette de chambre auquel ce disque rend un hommage permanent — traîne une injuste réputation de superficialité, de joliesse anodine. C’est oublier qu’elle fut aussi un laboratoire, traversé d’audaces et d’innovations. (Parenthèse du rédacteur enthousiaste : il vous faut lire de toute urgence West Coast Jazz d’Alain Tercinet, précis et passionnant.)

La réussite du disque tient beaucoup en ceci : remettre ces aventures en lumière sans rien céder de cette nonchalance californienne des années 50–60.
La clarinette, par moments, décolore le paysage, ombre la lumière californienne de mélancolie est-européenne. Le violoncelle, tout solaire qu’il puisse être, se teinte naturellement de dorures automnales.
Raffinement, élégance, complexité glissée ça et là, presque en contrebande. Cette musique chambriste éclate de couleurs chipées régulièrement au répertoire dit savant, où la clarinette et le violoncelle trouvent leur habituel droit de cité.
Dès l’ouverture, les pizzicati fébriles du violoncelle évoquent la cavalcade initiale de Focus — le « I’m Late, I’m Late » du lapin d’Alice selon Stan Getz.
Chic, détendu, et soudain tranchant : coups de cutter sonores — au cœur de « Lion’s Den », par exemple. Voyou d’instinct, aristocrate d’allure ; mêmes lunettes noires, où se reflète un verre de cocktail.
Ce qu’on entend renvoie à un passé d’Épinal un rien fantasmé mais réapproprié dans un vigoureux hic et nunc. Et, dans l’ombre portée, des uchronies délicieuses : ce qu’aurait donné, par exemple, un Fred Katz invité au Free Fall de Jimmy Giuffre.

par Aymeric Morillon // Publié le 5 avril 2026
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