
Hélène Labarrière
Puzzle
Hélène Labarrière (b), Catherine Delaunay (cl), Robin Fincker (s), Stéphane Bartelt (g), Simon Goubert (d)
Label / Distribution : Jazzdor Series
À la tête d’un nouveau quintet, Hélène Labarrière rend hommage à cinq grandes figures féminines ayant consacré leur vie à des combats sociaux (voir notre entretien). Thérèse Clerc, Angela Davis, Emma Goldman, Jane Avril, Louise Michel sont ainsi convoquées et servent de point de départ à des compositions de Labarrière dont elle a ensuite confié le soin des arrangements et des développements à des amis musiciens. François Corneloup, Sylvain Kassap, Dominique Pifarély, Marc Ducret ont ainsi introduit une part de leur sensibilité dans ce programme qui, malgré la diversité des personnalités, tient la route de manière homogène.
La forte cohésion du quintet y participe indéniablement. Constitué de musicien⸱nes expérimenté⸱es et à l’aise dans ces configurations aventureuses où tout est à inventer, le groupe en son entier fait sien le propos avec un volontarisme collectif qui n’empêche pas les individualités de s’exprimer, ni les configurations internes de se constituer ou se défaire pour se reconstruire autrement en duos ou trios impromptus. L’association des soufflants, réunissant la clarinette de Catherine Delaunay et du saxophone de Robin Fincker est, en cela, la porte d’entée dans la matière sonore de la formation. Les timbres boisés et/ou cuivrés jouent sur un large éventail d’expressions, du délicat où les phrasés s’entremêlent comme c’est le cas sur « Vivre sa vie », à des murs de sons dans « Free Angela », le morceau précédent.
Par en-dessous, pourtant, et qui les pousse, une masse rythmique puissante joue le rôle d’un moteur propulseur. La batterie de Simon Goubert tient le tempo avec force en se pliant avec intelligence à toutes les circonvolutions, soutenue en cela par la basse indéfectible de la leadeuse, qui élargit considérablement le son général par des lignes solides faisant déborder de toutes parts l’assise centrale du groupe, le tonifiant dans le même temps. C’est au guitariste Stéphane Bartelt d’assurer la jonction entre les instances en mouvement ; par son jeu nerveux mais discret, il assure l’équivalent d’une distribution de la parole, tout au moins, il permet de canaliser et d’orienter les allées et venues de tous.
Par ses couleurs vives et généreuses, dures parfois, qui sont la marque de fabrique d’Hélène Labarrière, et des développements dynamiques, le quintet embarque l’auditeur dans un répertoire immédiat ou complexe mais toujours animé d’une pulsation vitale qui, à l’urgence du propos, associe une impulsion fondamentale plus grande que la vie.

