Chronique

Myra Melford

Splash

Myra Melford (p), Michael Formanek (b), Ches Smith (d)

Label / Distribution : Intakt Records

Fortement impressionnée par l’œuvre de l’Américain Cy Twombly, peintre d’une abstraction dynamique aux gestes amples et nerveux, la pianiste Myra Melford applique à sa musique, sans chercher pour autant une transposition littérale, ce qu’elle perçoit chez lui. Que ce soit avec le trio MZM (Zeena Parkins et Miya Masaoka) ou encore au sein de son quintet réunissant Ingrid Laubrock, Tomeka Reid et Susie Ibarra (deux disques chez Rogue Art), elle met en pratique des principes qui prennent source dans cette peinture et finissent par constituer un langage personnel. Aujourd’hui, accompagnée de Michael Formanek et de Ches Smith, elle constitue un nouveau trio qui dégage, dès la première écoute, une sensation d’énergie toujours admirable chez des musiciens pourtant très expérimentés et qu’on pourrait imaginer lassés.

En sept compositions et trois interludes entièrement improvisés, ils s’engagent avec mordant dans la mise en mouvement d’un trio qui fait exploser les attendus académiques de ce type de formation. La rythmique, en effet, n’est pas simplement là pour valoriser un piano égotique. Bien au contraire, les fonctions sont chamboulées, constamment partagées et surtout se renouvellent dans le flux même d’un discours qui n’en finit pas de se modifier au cours de son exécution.

Derrière les fûts de sa batterie ou sur les lames métalliques de son vibraphone, Ches Smith joue de cellules complexes et volontaires qui constituent comme la part abstraite d’une surface aux vitesses multiples et changeantes. Ainsi, la basse de Michael Formanek vient se heurter aux frappes de son collègue avec une sagacité et un entrisme qu’on ne lui avait pas entendus depuis longtemps - en tout cas, sur disque - et qui n’est pas sans rappeler la rage d’un Charles Mingus (dans Money Jungle notamment).

Cette faconde n’est pas pour autant seulement au service de la pianiste puisqu’elle se place sur le même niveau d’intensité que ses partenaires. Le trio est une entité tricéphale dont les têtes sont indépendantes mais le corps commun. De là un jeu élargi, foisonnant, débordant d’harmonies éclatantes. Les compositions, soigneusement construites, ne donnent pas pourtant le sentiment d’assister à un narratif patiemment développé. On assiste plutôt à une énergie canalisée qui se construit dans le vif de son expression et promeut une vitalité qui est la grande force de ce disque généreux.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 28 septembre 2025
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