Chronique

Hermia / Ceccaldi / Darrifourcq

God At The Casino

Manuel Hermia (s), Valentin Ceccaldi (cello), Sylvain Darrifourcq (dms)

Label / Distribution : Babel Label

Parallèlement à MILESDAVISQUINTET ! et In Love With, la paire Sylvain Darrifourcq / Valentin Ceccaldi continue sa fructueuse collaboration et renouvelle les potentialités que propose la musique en trio. Associée au saxophoniste belge Manuel Hermia, cette rythmique complice et solide parvient, en effet, avec God At The Casino à déployer un volume sonore peu fréquent pour une configuration d’ordinaire chambriste. En une trentaine de minutes tout au plus, cet enregistrement, signé sur le label anglais Babel Label, réussit à rebattre les cartes en associant dans un même temps spontanéité, énergie et urgence du moment.

Tout un univers déferle des compositions signées par les trois protagonistes et dévoile des ambiances aux couleurs sombres. Une certaine outrance libertaire venue d’un free fermement arrimé aux soubassements massifs du rock, caractérise les plages les plus virulentes. Pourtant, si elles marquent immédiatement l’oreille, les périodes atmosphériques tout en tension donnent également du souffle et de l’ampleur à l’intégralité du projet, principalement dans les crissements de cymbales qui déchirent les sons étirés du violoncelle (sur “Du poil de la bête” notamment).

Ce dernier ne produit rien, d’ailleurs, de ce qu’on attend communément de cet instrument. Il est ici épais dans sa texture et enfonce des clous avec rage en parfaite complémentarité avec les frappes de la batterie. Leur propre débordement peut même les conduire (“On a brûlé la tarte”) à une accélération générale du tempo sur lequel la voix large et incisive du saxophone s’embrase avec application. Car malgré le déversement des notes, Hermia, qui pratique également les musiques arabes ou gnawa (avec Majid Bekkas) maîtrise constamment son propos. Y compris dans les passages les plus virevoltants, il est dans l’écoute, joue de pauses et reste attentif à ses partenaires (qui ne lui laissent que peu de choix de toutes façons).

De son côté, surchargeant l’espace d’une superposition de strates géométriques, Darrifourcq est le levier qui permet au trio de s’élancer sur la route qu’ils se sont tracés. A la fois méthodique et imprévisible, ses éclosions permanentes structurent tout un monde. Avec un set de batterie complété d’objets en tous genres et d’un appareillage électronique léger, les compositions “Les Flics de la Police” ou “Chauve et courtois”, déjà entendues chez l’Emile Parisien Quartet, prennent de nouveaux atours et libèrent un parfum aussi brûlant que diabolique.