Soft Machine
Floating World Live
Karl Jenkins (p, kb, ob, ss), Mike Ratledge (org, synth, p), Allan Holdsworth (g, vln), Roy Babbington (elb), John Marshall (d).
Label / Distribution : Moonjune
En mars 1975, Soft « Machine publiait Bundles, son huitième album studio, qui bénéficiait alors d’une contribution remarquée, celle d’Allan Holdsworth, qui venait de s’illustrer au sein du Lifetime de Tony Williams. Un passage éclair pour le guitariste dans le monde de la « machine molle » dont Karl Jenkins (piano, saxophone, hautbois) avait pris progressivement les commandes à compter de l’album Six (1972), au grand dam d’une fraction des fans déplorant le retrait de Hugh Hopper et l’effacement progressif de Mike Ratledge. Ce dernier restait alors le seul membre fondateur d’une formation qui s’appliquait désormais à suivre le chemin plus balisé d’un jazz-rock certes d’excellente facture, mais moins novateur aux oreilles de beaucoup que la musique des premiers albums (dont le mythique Third par exemple), au temps où son batteur n’était autre qu’un certain Robert Wyatt.
Quoiqu’il en soit, la réédition remasterisée de Floating World Live, enregistré au mois de janvier 1975 et initialement publié en 2006, constitue une excellente occasion de découvrir le répertoire du disque à venir (« Bundles », « Hazard Profile », « Land Of The Bag Snake », « The Man Who Waved At Trains », « Peff ») et d’apprécier en particulier la brillance du jeu d’Allan Holdsworth (qui s’empare parfois d’un violon comme sur « The Man Who Waved At Trains ») autant que la force collective d’un groupe dont la rythmique éprouvée (Roy Babbington [1] à la basse et John Marshall à la batterie) perdurera jusqu’à une époque très récente [2]. Et si Ratledge n’occupe plus la même place que peu de temps auparavant, son jeu à l’orgue et aux claviers – une marque de fabrique de Soft Machine – reste aussi identifiable que par le passé, en bonne entente avec celui d’un Karl Jenkins multi-instrumentiste (devenu le compositeur principal) volontiers plus planant.
Cette réédition bienvenue illustre ce qui aujourd’hui ressemble à une « parenthèse enchantée » du seul fait de la présence au sein de Soft Machine d’Allan Holdsworth, qui semble irradier l’ensemble du groupe de son énergie particulière (comme s’il avait dû livrer toutes ses forces dans une bataille éphémère). Elle fait en outre écho à un autre enregistrement live paru en 2015, Switzerland 1974, qui permettait de retrouver la même formation sur scène quelques mois plus tôt, en septembre 1974. Tout cela peut sembler lointain aujourd’hui, mais en réalité, la vie qui irrigue les 78 minutes de Floating World Live reste conjuguée au présent, bien plus charnelle que la seule étiquette « jazz-rock » ne pourrait le laisser supposer.

