
Amir ElSaffar New Quartet
Live At Pierre Boulez Saal
Amir ElSaffar (tp), Tania Giannouli (p), Ole Mathiesen (ts), Tomas Fujiwara (d).
Label / Distribution : Maqam Records
On peut parler de « dream team » à l’évocation de cette nouvelle formation d’Amir ElSaffar, atypique car sans contrebasse. Partant d’une base en trio où évoluent ses fulgurants partenaires que sont le New-Yorkais Tomas Fujiwara à la batterie et le Norvégien Ole Mathiesen au saxophone ténor, le trompettiste adepte du maqâm [1] a choisi d’étoffer sa musique en faisant appel à celle qu’on présente souvent comme une étoile montante, la pianiste grecque Tania Giannouli, qui évolue ici au piano microtonal [2].
« Même lorsque je me produis en duo, je joue toujours ma propre musique. C’est la première fois que j’accepte une telle invitation à jouer les idées et la musique de quelqu’un d’autre. Mais ce groupe est de si haut niveau, ses musiciens si exceptionnels et le résultat si personnel qu’il m’était impossible de dire non ». On ne saurait être plus enthousiaste que Tania Giannouli elle-même lorsqu’elle évoque sa rencontre avec Amir ElSaffar. Surtout que la pianiste occupe ici une place prépondérante, le piano microtonal lui offrant de nouveaux espaces d’investigation dont elle s’empare avec l’autorité et l’imagination qu’on lui connaît. Souvenons-nous par exemple de Solo, l’un de ses disques qui l’ont fait entrer de plain-pied dans la cour des grands. Elle vient ici se glisser dans les interstices du langage spécifique du trompettiste, à la croisée du jazz et des musiques orientales, et fait figure d’égale. C’est une nouvelle affirmation de son talent, s’il en était encore besoin. Enregistré à la Pierre Boulez Saal de Berlin, une salle connue pour son acoustique exceptionnelle et l’héritage de son homonyme qu’admire ElSaffar, le chef d’orchestre et compositeur pionnier du XXe siècle [3], cet enregistrement est à la fois l’acte de naissance d’un quartet hors du commun et la démonstration d’un jazz organique, dont la respiration profonde peut imposer la sérénité ou le recueillement autant que le tourment et la frénésie (les cinq mouvements de la suite « Orientations » en étant le plus bel exemple). Compositeur engagé (« For The Victims Of Genocide »), Amir ElSaffar, bien loin d’imposer une personnalité écrasante, laisse grande ouverte la porte aux interventions de chacun·e de ses partenaires, permettant au quartet de parvenir à un état d’équilibre – on est saisi en permanence par cet alliage étonnant de tension et de fluidité – jusqu’au poignant « Ghazalu », introduit par un thème de Tania Giannouli (« Black Sea ») avant qu’Amir ElSaffar ne la rejoigne au chant.
Cette musique évolue très haut, profitons de la chance qui nous est donnée de pouvoir la vivre avec une intensité hors du commun.

