Le Vercors à Strasbourg
Le trio Vercors (Sclavis, Bonnet, Chennebault) jouait à Jazzdor le 28 avril.
© Teona Goreci
J’ai souvent le sommeil magnétique après les concerts marquants. Magnétique comme la bande du même nom. Magnétique comme le pôle, point de convergence des lignes de champ présentes. À défaut de dormir, je rembobine et ma mémoire me replonge dans la musique entendue quelques heures plus tôt.

- Vercors © Teona Goreci
Je n’ai jamais vu le Vercors que de loin par beau temps, du plateau du Chambaran, il y a longtemps. J’imaginais déjà Louis Mandrin cavaler à en perdre le souffle dans les sentiers étroits, enchainant la dépression des vallées et le calme des plateaux.
Les trois larrons entendus ce soir-là habitent dans le coin, de loin en loin.
Leur lande imaginaire sonne comme une contrebande magnétique.
Rien n’est écrit. Aucun point de rendez-vous, rien. Chacun est disponible pour l’autre, propose, réagit instantanément. Jamais la notion de composition spontanée n’a trouvé mieux son sens que ce soir-là. Quand l’idée développée trouve naturellement son issue, alors on s’arrête et on passe à autre chose. Louis Sclavis joue de ses deux clarinettes. Richard Bonnet joue de sa guitare presque sans effet, de la reverb, un peu de delay avant d’attaquer un ampli Vox. Adrien Chennebault passe des mailloches aux baguettes, des baguettes aux faisceaux pour nuancer sa frappe.
Aucune forfanterie, pas de cache-misère. Juste la musique comme elle surgit, tel un torrent de montagne couvrant et découvrant les pierres tour à tour, laissant apparaître parfois les mousses posées sur elles, parfois la grève, encore humide de l’onde passagère.
La parole circule, puisant dans la mémoire des uns et des autres. Tout s’invente au fur et à mesure sans qu’aucune prise de pouvoir ne vienne pervertir l’ensemble, sans pathos aucun.
Ce trio est une merveille. Tout est permis. Les trois arpenteurs de ce Vercors-là sont comme les contrebandiers frères de Mandrin. Ils trafiquent pour le bonheur de tous au-delà de la loi.
Puissent-ils ne jamais finir roués sur la place publique !
