Tribune

Michel Portal, compagnon de vie

Une évocation brève de la place qu’occupait - et occupera pour toujours - la musique de Michel Portal dans un parcours de vie.


C’est à compter de la deuxième moitié des années 80 qu’est entrée dans ma vie la musique de Michel Portal. Indomptée, indomptable, belle et rebelle. Sa disparition le 12 février 2026 a fonctionné comme l’ultime révélateur de l’importance du clarinettiste, saxophoniste et joueur de bandonéon au point qu’il se place comme l’un des musiciens essentiels de mon petit panthéon musical.

Mchel Portal (NJP Octobre 2021) © Jacky Joannès

Je ne peux pas lister ici toutes les raisons qui ont fait de Michel Portal l’un des musiciens essentiels de mon parcours de mélomane. Elles sont nombreuses, mais surtout indicibles.

Michel Portal est de ceux qui m’ont ouvert en grand l’esprit, me permettant d’être disponible à toutes les écoutes, sans jamais être gagné par l’idée qu’une musique pourrait être « difficile ». J’ai compris avec lui la notion d’exigence. Il a été l’un des stimulateurs essentiels de ma curiosité.

Ma rencontre avec sa musique remonte à l’époque du disque Turbulence, à la fin des années 80, après une décennie qui, trop souvent, avait des allures de disette musicale. Depuis, Michel Portal s’est installé de façon définitive comme l’un de mes musiciens « compagnons de vie ».

Ce n’est pas un hasard si, quelques années plus tard, en 1992, le générique d’« Alligator », ma première émission de radio, était « Mozambic », extrait de ce disque rencontre. Et quand, trente ans plus tard, j’ai créé « Impressions Jazz », son générique était « African Wind », thème introductif de MP85, ultime disque du clarinettiste, enregistré au sortir du premier confinement de 2020.

Sur le vif : je n’oublierai jamais ce soir d’octobre 2017, lorsqu’Émile Parisien m’avait présenté à lui après son concert à Nancy Jazz Pulsations, dont Michel Portal était la « guest star ». Nous étions rue Chanzy, près de l’entrée des artistes de la Salle Poirel. J’avais face à moi un homme timide, d’apparence frêle, au regard fiévreux et pétillant d’humour en même temps. Je me suis senti maladroit lorsqu’il s’est agi d’échanger quelques mots avec celui qui était une légende vivante de la musique. J’ai bredouillé une présentation rapide de mon travail, évoquant ma collaboration au magazine Citizen Jazz, ainsi que ma chronique de Baïlador, sorti quelques années plus tôt. Je me souviens d’un remerciement et d’une remarque amusée : « Est-ce bien raisonnable ? », ou quelque chose de ce genre. Tous ces souvenirs sont un peu brouillés mais qu’importe. Ces quelques minutes furent pour moi empreintes de magie.

Je savais depuis quelque temps déjà que Michel Portal n’allait pas bien, et que sa fin était proche. Mais l’annonce de sa disparition a été un véritable choc.

Je n’aurai jamais assez de mots pour le remercier.
Un seul suffira : merci !