Chronique

Nebbia, Formanek, Sperrazza

Live at Blow Out

Camila Nebbia (ts), Michael Formanek (b), Vinnie Sperrazza (d).

Label / Distribution : Soundholes

Il existe des alliances naturelles, des rencontres qui se devaient d’être. Tel est le sentiment que l’on a en apprenant que la saxophoniste Camila Nebbia avait rencontré le contrebassiste Michael Formanek. Remontant à 2022, avec le batteur Vinnie Sperrazza, habitué de Brandon Seabrook entre autres, cette rencontre captée en vidéo avait eu lieu à Berlin. Que trois Américains se retrouvent en Europe pour jouer cette musique farouche n’est guère surprenant, et c’est avec un grand plaisir que nous avons découvert qu’un second concert, en Norvège cette fois-ci, avait eu lieu en 2024 et faisait l’objet d’un enregistrement, selon la saine tradition de Camila Nebbia [1]. Album numérique aux allures de K7 vintage, ce Live at Blow Out est un bel état des lieux.

Sur la tranche des cymbales de Sperrazza, très vindicatif quand il frappe les peaux de ses tambours, Nebbia joue dur et dru, avec son ténor très en avant. Voici qui tranche avec le calme toujours imperturbable de Michael Formanek, qui joue en pizzicati lents et insistants, comme pour retenir une sérénité fugace et gazeuse. Étrangement, c’est quand le batteur se met à s’accrocher à la rythmique de la contrebasse que le saxophone éteint ses flammes jusqu’au silence, laissant la contrebasse faire sa part. Le jeu de Formanek est alors rêche et puissant, et sa sécheresse a tout d’inflammable. Cela pourrait faire chaos, mais cet équilibre des forces a tendance à apaiser l’ensemble, qui creuse au plus profond de leur complicité, faisant fi des étincelles qui ne manquent pas de tout raviver.

Conçu en trois parties inégales, le premier morceau dépassant les 30 minutes, Live at Blow Out est chaleureux et dense. On constate la grande complicité que la saxophoniste peut avoir avec les batteurs, Sperrazza se révélant plutôt disert. Plus loin, dans le second morceau, Formanek à l’archet apporte de nouveaux climats assez fascinants que Nebbia accompagne de sifflements d’anches. Un très beau trio qui nous permet de découvrir le label anglais Soundholes et sa collection assez radicale.

par Franpi Barriaux // Publié le 25 janvier 2026
P.-S. :

[1voir notre interview.