Chronique

Very Practical Trio

Even Better

Mary Halvorson (g), Tim Berne (as), Michael Formanek (b)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

De la souplesse, Michael Formanek n’en manque pas. Légèreté sur sa contrebasse, mousseline des pizzicati. Même si son ensemble s’appelle Kolossus, il sait y faire en matière de pirouettes. Que ce soit avec Thumbscrew, où il retrouve Mary Halvorson, ou avec Tim Berne, avec qui il joue depuis plus de vingt ans, on a eu l’occasion de l’entendre dans toutes sortes de configurations. C’est pourtant bien la première fois qu’il réunit ses deux proches compagnons pour un Very Practical Trio qui dit tout dans son titre ; tout doit aller à l’essentiel, sans pour autant que chacun tienne son couloir sans musarder sur le terrain des autres. C’est ce que l’on entend dans le beau « Like Statues » où Berne joue des phrases à l’alto le plus simplement du monde, comme embrassé par la contrebasse extrêmement volubile de Formanek. S’installe une tournerie que la guitariste va accélérer à petites touches, comme on relance une toupie. Le parti-pris de Halvorson aussi est à la sobriété. À l’économie de notes plus qu’à l’économie d’effets, qu’elle utilise comme une altération progressive d’un discours qui peut s’avérer vif, lorsque les musiciens le décident (le presque rock « Bomb The Cactus » qui nous rappelle que Mary Halvorson sait tout faire…).

Le Very Practical Trio n’est pas Thumbscrew, et ce n’est pas seulement parce qu’il n’y a pas de batterie (ce qui est paraît-il la raison de ce titre, un orchestre plus facile à transporter… Plus mobile ?). Certes, la force de frappe est moins critique, et le rôle de Tim Berne est étrangement apaisant. Avec « Implausible Deniability », il polit avec un soin particulier la ligne de basse autoritaire de Formanek, et se fait même l’artisan d’une prise de parole collective qui laisse néanmoins le contrebassiste s’échapper. Enregistré très près de l’instrument, on profite sur un très beau solo de la respiration du musicien, qui vient incarner plus encore une musique qui n’a rien d’évanescent, même lorsque Berne et Halvorson serpentent tout en évitements dans « Apple And Snake ».

La simplicité n’empêche pas un goût pour la dentelle. Celle-ci se fait ressentir dès « Suckerpunch » qui ouvre Even Better avec un goût pour le luxe et la douceur. Guitare et contrebasse jouent une phrase commune, puis Halvorson se met à suivre un saxophone fureteur. Comme la pochette de ce bel album sorti chez Intakt Records, tout est coloré et légèrement flou : des lumières festives dans une nuit pluvieuse. La discussion à bâtons rompus entre les trois Étasuniens est des plus passionnantes, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans une certaine tradition avec la reprise finale du « Jade Visions » de Scott Lafaro qui signe un disque très personnel de Formanek, en bonne compagnie.