Chronique

Nebbia Muruaga Bäckström Mustonen quartet

Freefalling Latitude

Camila Nebbia (ts), Gonzalo Muruaga (g), Jonathan Bäckström (b), Teemu Mustonen (d)

Label / Distribution : Auto Productions

Peu à peu, à force de pérégrinations et de curiosité d’écoute, on pourrait se lancer dans une cartographie des migrations dans ces musiques non-alignées qui nous animent : on découvrirait sans doute la raison d’une importante diaspora argentine dans l’Europe du Nord et l’Europe centrale depuis quelques années, suivant les traces de Camila Nebbia. Et si Berlin est un pôle magnétique, force est de constater que d’Amsterdam - avec Ada Rave - à Helsinki avec Gon Muruaga le nouveau venu, l’Amérique du sud a bien essaimé. Belle découverte que ce guitariste argentin installé en Finlande : aux côtés de l’inévitable Nebbia, tranchante au ténor, on découvre la guitare minérale, puissante dans sa sécheresse et son écho, vecteur d’une tension électrique changeante. On retrouve les deux Argentins aux côtés d’une jeune base rythmique finlandaise composée du contrebassiste Jonathan Bäckström et surtout du batteur Teemu Mustonen, dont il convient de suivre très vite les aventures.

Parmi les belles surprises de cet album où Camila Nebbia tient à nouveau les avant-postes, jouant des coudes pour bousculer une masse très solide, il y a le morceau « Gyroslip ». La guitare percluse d’effets de Muruaga est l’élément de rupture, offrant des sons fracturés, souvent très acides et s’appuyant sur le jeu puissant de Mustonen, principalement axé sur les peaux. Il y a, ainsi qu’on l’entend dans « Paralaxial » où le saxophone s’offre une discussion très apaisée avec la contrebasse de Bäckström, une intranquillité permanente, bien portée par la guitare de Muruaga, soudain plus atmosphérique sans être évanescente. Dans son désir de définir l’espace comme en perpétuel mouvement, fût-il infime, il use de nombreuses stratégies. La langueur en est une.

On appréciera avec gourmandise ce nouveau quartet des zones froides de ce monde et des hivers sans soleil de part et d’autre des pôles. Il en résulte sans doute une volonté de mettre de la chaleur en tout et de frotter avec plus ou moins de virulence tous les flux du quartet, ce que « Nebulode » illustre à merveille dans une algarade rêche entre Nebbia et Muruaga. Une première prise de contact fructueuse avec des musiciens pugnaces autour de l’inaltérable saxophoniste.

par Franpi Barriaux // Publié le 12 juillet 2026
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