
Nous avions adoré il y a quelques mois le disque Pinkstraße53 qui réunissait Camila Nebbia et Sofia Salvo autour du batteur autrichien Alfred Vogel. C’est le second épisode de la forte amitié austro-argentine dans le domaine du free jazz, et le symbole d’une véritable renaissance de Vogel après de graves problèmes de santé : nous en avions parlé lors d’un premier épisode d’une beauté solaire, Eyes To The Sun, en trio cette fois, le pianiste Leo Genovese rejoignant Nebbia et Vogel. Un disque qui sonnait comme une libération. On sait depuis notre interview qu’Alfred Vogel est l’organisateur d’un des plus beaux festivals d’Europe à quelques encablures de la Suisse dans son petit village de Bezau. Chaque année un orchestre d’amis et de proches. Raison de plus pour fêter en 2024 la bonne santé du batteur : Bezau Beatz et Orchestra of Good Hope [1] était né, et avec lui une certaine idée de la musique sans entraves.
Ils sont neuf. Un nonet de feu est toujours alléchant. Ils sont neuf à faire la fête à Alfred, en jouant sur les débordements et les enthousiasmes. Neuf à offrir un travail sur le son comme d’autres font des gâteaux. Le morceau est long et permet tous les états : si l’on retrouve Camila Nebbia dans un rôle d’artificière qui lui sied bien, sa compatriote Sofia Salvo au baryton s’installe dans son sillage. D’autres sont aussi de la fête : Luís Vicente qui apporte une touche d’acidité bienvenue à la trompette, ou encore João Pedro Brandão à la flûte, capable de donner de l’espace et du volume à un orchestre dense et joyeux. Avec deux batteries, Pedro Melo Alves se mêlant à Alfred Vogel, la base rythmique énorme se dote de plus de deux puissantes basses, Demian Cabaud à la basse électrique fusionnant volontiers avec la clarinette basse de Lucien Dubuis. Une équipée sauvage domptée par le piano de Genovese qui se plaît à poser un cadre à ce débordement de joie.
Cette pièce improvisée, totalement spontanée et explosive est absolument heureuse de se retrouver en festival ensemble dans les Alpes autrichiennes. Fêter l’espoir pour l’hôte est un plaisir à écouter, avec un sens du partage qui s’épanche en dehors de la musique. Il y a ici l’instant, l’insouciance de l’improvisation et presque la raison d’être des festivals, ce goût d’être ensemble pour jouer et écouter dans une communauté apaisée. C’est un très bel enregistrement que nous propose Boomslang Records. L’occasion également de souhaiter plein de santé à son patron, Alfred Vogel.

