Chronique

Pascal Marzan - Alex Ward

(Vu)

Alex Ward (cl), Pascal Marzan (g)

Label / Distribution : Copepod

Quel album récent de Pascal Marzan choisir dans sa production récente pour faire entendre cette guitare si particulière ? La triste actualité du départ de Simon H. Fell m’a fait choisir un duo avec Alex Ward, un des proches du compositeur et contrebassiste.
Bienheureux hasard. C’est en effet un album assez inhabituel, fourmillant de chocs esthétiques, de surprises pour qui n’est pas familier de ces deux protagonistes.
Les clarinettes d’Alex Ward dansent en permanence aux frontières du jeu académique, mais plutôt à l’extérieur. Ses rafales, ses mitrailles, ses tourbillons, ses véhémences, ses roulements, ses granulations, ses courses erratiques stupéfient, d’autant qu’elles sont bousculées par la guitare qui ne lâche rien. Une intensité à couper le souffle. Hors de la tradition ? Pas tout à fait. Dehors et dedans comme dans la dernière pièce, « High Seas », où pendant une poignée de secondes, il évoque, à peine, « Criss Cross » de Monk, dans la version jouée par Dolphy surAbstraction. Délire de l’auteur de ces lignes ? C’est bien possible.

On pourrait croire que la guitare joue l’accompagnement. Ce concept n’a pas sa place dans l’improvisation. Ici, il s’agit d’un jeu privilégiant plutôt les textures ou les hauteurs. Pas de rythmique donc, mais des impulsions continues, de coups de boutoir doux, de presse amicale qui n’en évacue pas moins tout sur son passage. Qui connaît la délicatesse, l’urbanité de Pascal Marzan pourrait en être étonné. Mais ce n’est là qu’une part de son jeu. Ses cordes grattées comme nonchalamment, en des arpèges hors de tout classicisme, glissent sur les gammes, en sortent. Elles sont ailleurs. Des notes souvent hors des douze sons, qui procurent des frissons. C’est qu’il a réglé sa guitare dix-cordes au tiers de ton (me dit-on) et qu’il peut ainsi nous offrir une musique microtonale, délicieusement décalée, et qui vient nous pincer le cœur.
Cet album demande une écoute exclusive, et une attitude flottante, hors de toute réserve. La récompense est là, étrange et belle.
Cet album est disponible sur Bandcamp pour 5 £, disons 7€ taxes et change compris.
Je vous propose l’écoute de « Dimming »

par Guy Sitruk // Publié le 18 octobre 2020
P.-S. :

Cet album est dédié à Steve Dalachinsky et Catherine Karako, à qui l’on doit la photo de la pochette. En fouillant mes archives, je retrouve des images, une chronique de cette artiste qui éblouissait sur scène par son engagement total aux chimères de l’instant, auxquelles on ne pouvait que croire. Elle est partie, il y a trois ans. C’était la compagne de Pascal Marzan.
Quelques mots et un album photos de son spectacle avec Gilles Broussaud

Série de témoignages à propos de Steve Dalachinsky