Chronique

Sara Serpa & Matt Mitchell

End of Something

Sara Serpa (voc), Matt Mitchell (p)

Label / Distribution : Obliquity Records

On les avait vus ensemble dans le très beau Purposing The Air d’Ingrid Laubrock, et ils ont décidé de transformer l’essai. Le duo qui unit la chanteuse Sara Serpa et le pianiste Matt Mitchell interroge à la fois le dialogue entre un piano et une vocaliste, mais aussi l’instrument-voix, dont on sait la Portugaise férue. Ce sont donc des phonèmes, parfois inarticulés, qui font langage musical avec le piano. Cela peut être comme une boucle, une forme de mantra, comme la farandole de « News Cycle » où le chant se fait ostinato, comme si elle montrait par l’intonation un chemin à peine tracé, qui va s’effacer soudainement par l’effet de bourrasques flûtées qui suivent les cascades cristallines du piano. D’autres appellent ça improvisation ; dans l’univers très naturaliste du pianiste et de la chanteuse, ça ressemble davantage à une nuit claire d’un hiver étoilé.

On avait laissé Sara Serpa dans un exercice fascinant et très personnel où elle contait sa vie d’immigrante. Elle revient ici dans un exercice qui ne peut pas se comparer à du scat ou à n’importe quel totem du jazz : c’est un exercice mélodique avant d’être rythmique. La voix indique au piano des climats et des couleurs que Matt Mitchell traduit dans une langue très concertante et marquée par la musique écrite occidentale. Avec « The Future », on pourrait presque croire à des lieder désarticulés, qui ne sont pas pourtant du sprechgesang et deviennent, comme de l’encre sympathique, un texte de Virginia Woolf. Sara Serpa fait vivre une langue universelle que Matt Mitchell enlumine, à l’instar de « Les Bergers » qui montre que le pianiste, qu’on a entendue récemment chez Tim Berne ou Anna Webber aime sculpter un univers à partir de l’existant, ici La Nativité du Seigneur d’Olivier Messiaen.

Avec The End of Something, Sara Serpa s’attache à terminer le cycle d’une langue intelligible par les mots pour les remplacer par les nuances de la voix qui disent tout autant et laissent même la parole au silence, avec une grande douceur. Ce disque sorti sur le label Obliquity Records de la batteuse Kate Gentile, qui a illustré la pochette, est une œuvre délicieusement poétique.

par Franpi Barriaux // Publié le 8 février 2026
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