Chronique

Tom Rainey Obbligato

Float Upstream

Tom Rainey (dm), Drew Gress (b), Ralph Alessi (tp), Ingrid Laubrock (ts), Kris Davis (p)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Les plus beatlemaniaques verront dans le titre de ce disque un clin d’oeil à la chanson de John Lennon “I’m Only Sleeping”. Il n’en est rien pourtant. Pour la deuxième livraison de ce quintet dirigé par Tom Rainey, l’objectif est, une nouvelle fois, la réappropriation de standards. Entouré de personnalités, qui, comme lui, côtoient de coutume les frontières avant-gardistes, le batteur s’attelle à remonter le courant de l’histoire du jazz avec dynamisme, en évitant tout effet de somnolence.

Emportant avec eux un langage contemporain, les cinq investissent des territoires connus de tous avec une logique qui coule de source. Abreuvés, en effet, à l’école du Great American Songbook et fins connaisseurs des méandres de chaque grille d’accords, ces musiciens chevronnés naviguent au gré de leur inspiration. Un vent de liberté souffle avec une spontanéité ludique sur “Stella By Starlight”, “What Is This Thing Called Love” ou encore “I Fall In Love Too Easily” .

Le piano de Kris Davis révèle un sens du merveilleux sur “Beatrice” tandis qu’ailleurs la trompette loquace de Ralph Alessi ferraille dans un dialogue bousculé où les phrases se chevauchent avec le saxophone plus rêveur d’Ingrid Laubrock. Moins prétexte que contexte, les mélodies sont une circonférence dans laquelle le champ des possibles est ouvert (jusqu’à certaines audaces dissonantes qui restent toutefois ponctuelles).

Tom Rainey tient la barre plutôt que la baguette. Couplé à la basse de Drew Gress, il fait osciller librement le curseur entre une modernité jaillissant spontanément et une forme de classicisme revitalisé. Orchestrant un swing léger et chaloupé qui ne craint pas la houle, ils s’avancent également avec légèreté sur des ballades ondoyantes.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 12 novembre 2017
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