Rare exemple de grand orchestre bicéphale, le Webber/Morris Big Band est l’œuvre de deux multianchistes remarquables. Si on connaît ici plus volontiers Anna Webber pour son travail qui peut regarder parfois vers la musique contemporaine et la microtonalité [1], sa camarade Angela Morris a une carrière tout aussi riche et variée, lorgnant davantage vers la pop music. Leur premier album, Both Are True, était sorti en plein premier confinement chez Greenleaf Music avec un line-up alléchant regroupant Patricia Brennan ou Adam O’Farrill. Brillant échange entre deux écritures qui se complètent, pur produit de Brooklyn, ce second album, Unseparate, était des plus attendus. La forme de l’orchestre n’a pas changé : le contrebassiste Adam Hopkins [2] perdure, de même que Jeff Davis à la batterie ; un morceau comme « Microchimera », une composition de Morris, permet de mesurer leur importance, point d’ancrage dans une musique riche et amoureuse du chaos.
Pendant les cinq ans qui séparent les deux albums, l’écriture a évolué, notamment celle de Webber et son intérêt pour la Juste Intonation et ses conséquences sur une écriture complexe et fluide qui apporte beaucoup de très belles choses avec un orchestre si profond. La longue suite « Just Intonation Etudes For Big-Band » en est le brillant exemple, surtout « Unseparate 1 » qui fait le trait d’union avec les compositions de Morris. Réflexion brillante, le morceau est mené par le pupitre de trombones (notons la présence de Tim Vaughn, déjà entendu avec David Sanborn), ce qui renforce le travail microtonal de Webber. À sa suite, « Pulse » met en avant l’ensemble des soufflants, dans un travail incroyable mené par la pianiste Marta Sánchez. La base rythmique de l’orchestre, où Yuhan Su a remplacé Brennan aux percussions à claviers, est le cœur d’un orchestre tout terrain et sans emphase, d’une grande modernité.
L’équilibre entre les deux compositrices est vraiment passionnant. Il se trouve évidemment dans les différents « Unseparate » qui donnent leur nom à l’album. Avec « Unseparate 3 », le format plus court d’Angela Morris le démontre. Mais c’est certainement avec le très beau « Habitual » et son jeu rythmique très subtil que la fusion Webber/Morris est à son apogée. Ce big-band est de nouveau une très bonne surprise, cette fois-ci concoctée par Out of Your Head Records.

