Chronique

Angelica Niescier

New York Trio

Angelica Niescier (s), Christopher Tordini (cb), Gerald Cleaver (dm) + Jonathan Finlayson (tp)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Un an seulement après The Berlin Concert déjà chez Intakt et également en trio, la saxophoniste Angelica Niescier revient avec une formation tripartite augmentée. Le fidèle contrebassiste américain Christopher Tordini est encore de la partie tandis que le batteur Gerald Cleaver remplace, de ce côté de l’Atlantique, Tyshawn Sorey entendu en Allemagne. Vient s’ajouter à ce petit orchestre pourtant déjà redoutablement efficace, la trompette de Jonathan Finlayson, en invité, qui vient ouvrir un peu plus le champ de recherche que souhaite investir la musicienne.

Dans ce second disque de ce qui pourrait constituer un diptyque, on retrouve en effet ce qui fait l’intérêt de son travail. S’appuyant sur des compositions personnelles construites sur de complexes superpositions rythmiques, elle fait valoir un sens de l’improvisation poussé à l’incandescence. Les phrases précises et tortueuses dévalent à grande vitesse des séquences qu’elle réinvente à chaque passage sans montrer une once de fatigue, stimulant en ce sens l’oreille de l’auditeur fasciné par son langage neuf et son enthousiasme communicatif.

Le tapis que lui offre la rythmique est, ceci dit, le garant d’une parole tonique. Que Cleaver, qui joue avec tout le monde depuis des années et peut raisonnablement être considéré comme un des batteurs les plus pertinents à l’heure actuelle, fasse montre de son intelligence de jeu et de sa mise au service du collectif, ce n’est pas une nouveauté. En revanche, il faut s’attarder sur la contrebasse de Tordini qui se positionne réellement comme le complément de la saxophoniste. Son assise massive et profonde au sein de laquelle il ne cesse d’apporter de la souplesse offre une transversalité esthétique piochée notamment dans le plus efficace du rock.

Garante d’un héritage qu’elle fait fructifier, Angelica Niescier se situe dans le prolongement des grands improvisateurs dont elle a intégré toutes les caractéristiques timbrales comme improvisationnelles. La présence à ses côtés de la trompette volubile de Jonathan Finlayson, dont on connaît le panache, vient porter un point d’équilibre à ce trio + 1 qui prend les allures d’un quartet avec beaucoup d’aisance. Les climats que le groupe traverse sans frémir malgré leur diversité ont une unité de ton propre au choix de cette Allemande d’origine polonaise dont il serait temps, tout au moins en France, de prendre la mesure.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 23 juin 2019
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