Scènes

Anne Paceo Circles sur les routes du Nord

Quelques moments avec Anne Paceo et ses musiciens en marge du Tourcoing Jazz Festival / Planètes 2016


Circles d’Anne Pacéo au Tourcoing Jazz Festival 2016

Cette année, dans le cadre du festival, le club du Tourcoing Jazz est consacré au jazz féminin. Ce soir, c’est Anne Paceo qui succède à Géraldine Laurent. Je rencontre l’équipe pendant les balances et dans le moment de détente qui suit. Immersion.

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Anne Pacéo à Tourcoing

Pour le quartette d’Anne Paceo, les balances, c’est sérieux. Chacun énumère ses souhaits qui évoluent avec la séance. Un peu plus de ceci, un peu moins de cela. « Tu peux me remonter ça d’un poil ». « Ça y est, c’est OK ! Ah mais, attends, j’ai perdu le sax, là », etc.
Boris Darley, [1] l’ingénieur du son embarqué qui suit la tournée, écoute chacun, essaie de satisfaire tout le monde. Les réglages, dans cette salle intimiste (Maison Folie, Hospice d’Havré), ne paraissent pas très simples. Mais il garde son calme, j’allais dire son flegme.
Sur scène, Tony Paeleman (claviers) joue les boute-en-train, enchaînant plaisanterie sur plaisanterie, verbale ou musicale.
Il a un peu de mal à dérider Christophe Panzani (saxophones ténor et soprano, clarinette basse et clavier) qui répond mollement, concentré qu’il est sur ses instruments.


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Leila Martial par Jean-François Picaut

Leila Martial se fait la voix, s’étire, répond par une boutade, et finit ses étirements au sol.
Anne Paceo, derrière sa batterie, semble récupérer, consulte un peu son smartphone, vérifie un ou deux réglages.
On fait tourner quelques passages, encore quelques réglages, et c’est la pause. Comme je n’ai pas rendez-vous, je m’assure auprès de François Peyratout (le manager, Nemo Music) qu’Anne aura quelques minutes pour répondre à mes questions. Elle a un entretien prévu avec Arnaud de Radio Campus Lille mais, avec sa gentillesse habituelle, Anne va tout arranger. Je la rejoins à l’extérieur, alors que, bien emmitouflée dans son manteau à capuche, elle savoure voluptueusement une cigarette.
Ça fait quel effet d’être consacrée « artiste de l’année 2016 » par les Victoires du jazz, après avoir été la « révélation instrumentale » de l’année 2011 ? Anne est surtout touchée par cette double reconnaissance du milieu professionnel. Elle la ressent à la fois comme une confiance et une incitation à poursuivre avec la même exigence. Elle n’en mesure pas vraiment l’impact sur le public ou sa carrière. Ce qui la ravit, c’est de pouvoir jouer souvent avec cette équipe qu’elle a choisie, qui fait grandir et évoluer le projet, chaque soir.


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Anne Pacéo par Jean-François Picaut

Anne partie pour son entretien, je retrouve justement l’équipe qui se réchauffe avec des boissons chaudes. Elle est comment Anne Paceo, en tant que leader ? Exigeante et sympa. Ils sont tous d’accord. Et elle fait vraiment confiance ! Et l’ambiance du groupe ? « Mauvaise, très mauvaise. On se dispute tout le temps », s’écrient-ils en chœur avant de partir d’un grand éclat de rire. On comprend qu’elle est très chouette. Tous apprécient de beaucoup tourner ensemble. Ils ont appris à mieux se connaître et à s’apprécier, « sauf quand tu… » s’agacent-ils mutuellement. La Victoire du jazz décernée à leur leader a-t-elle une influence sur l’accueil qu’ils reçoivent ? « Pas vraiment », conviennent-ils, « tout juste trois nouveaux concerts ». François Peyratout sourit quand on lui rapporte ces propos : « ça change le statut d’Anne vis-à-vis des programmateurs, notamment dans certains festivals généralistes, et… leur cote aussi » s’amuse-t-il.
Le temps passe, il faut songer à se préparer pour le concert qui approche à grands pas. Et là, mauvaise surprise au moment d’entrer en scène, François avait oublié qu’il s’agissait d’un format court d’une heure. Il leur faut raccourcir et réorganiser le répertoire dans l’urgence et on sent un peu de déception.
Le concert n’en sera que plus dense et, devant l’enthousiasme du public, Yann Subts, le directeur administratif du festival) consent, magnanime, un rappel. Triomphal !