Scènes

Belmondo Family Sextet à Nancy

Deuxième rendez-vous proposé par le Manu Jazz Club de Nancy. Après Grégory Privat, au tour de la famille Belmondo… en l’absence de Stéphane.


Pour son deuxième rendez-vous, le Manu Jazz Club de Nancy fait salle presque comble au Théâtre de la Manufacture. C’est une bonne surprise et un encouragement pour les mois à venir. En novembre, Grégory Privat avait raconté l’histoire d’Auguste Cyparis et célébré ses origines du côté de la Martinique ; cette fois, la famille Belmondo regarde dans le rétroviseur d’un jazz quinquagénaire et toujours vaillant.

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Lionel Belmondo © Jacky Joannès

12 décembre 2013. Nancy suffoque sous une épaisse couche de brouillard depuis trois jours. C’est le prix à payer pour qui doit vivre les hivers lorrains avant l’heure ; une question d’accoutumance, aussi. Autant dire que l’accent méditerranéen de Lionel Belmondo offre un contraste saisissant avec les conditions climatiques, et qu’une salle très bien remplie constitue une source de chaleur que chacun apprécie à sa juste valeur, les musiciens au premier chef.

Le Belmondo Family Sextet est venu présenter la musique de son dernier disque, Mediterranean Sound, dans une formule singulière puisque l’un des frères, Stéphane, a choisi de ne pas affronter le froid local, préférant les douceurs insulaires et lointaines de son nouveau domicile. Fort heureusement, son remplaçant, Julien Alour, ne manque pas de personnalité, loin s’en faut, et fera oublier cette défection au goût un peu amer, tandis qu’après avoir gentiment bougonné contre l’obligation de scinder le concert en deux sets [1], Lionel et son papa vont mettre en scène la célébration d’un jazz un peu hors du temps, dans un esprit de partage et d’hommage rendu à cette musique dont tous sont les héritiers et aiment à le rappeler. Le sextet se présente comme une petite entreprise qui tourne bien, sa mécanique sereine s’appuyant sur une rythmique complice d’une belle efficacité (Jean-Pierre Arnaud à la batterie, Sylvain Romano à la contrebasse) et sur la fluidité des échappées de Jean-Philippe Sempere à la guitare. Les thèmes s’enchaînent avec bonheur, tels « Alone Together », « Skylark » ou « Groovin’ Higher », chacun d’entre eux faisant l’objet d’une explication très pédagogique de la part du maître de cérémonie, visiblement heureux de faire comprendre au public à quel point toute cette histoire est chargée de sens et nourrie de passions partagées. Et tout comme sur l’album, la « Méditation » de Jules Massenet, interprétée en rappel, vient rappeler à quel point il importe, chez les Belmondo, de jeter des ponts entre toutes les musiques du XXe siècle, ce qu’on savait déjà, en particulier depuis Hymne au soleil.

C’est une famille au sens large qui s’exprime, celle de frères qui se sont choisis pour jouer, et qui laisse libre cours à son lyrisme contagieux. On aime aussi le contraste entre la discrétion d’Yvan Belmondo, lui qui a choisi le répertoire et s’efface dès qu’il ne prend plus la parole, et l’engagement physique de Lionel Belmondo (saxophoniste mais aussi arrangeur), dont le corps est habité d’un mouvement de balancier, d’avant en arrière, à la recherche d’un souffle fervent à travers lequel transpire sa passion pour un maître tel que Sonny Rollins.

Une soirée en forme de promesse, celle d’un lieu qui s’affirme petit à petit et dont les premières heures ont été à la hauteur des espérances de ses créateurs. On n’est pas très inquiet pour la suite…

par Denis Desassis // Publié le 13 janvier 2014
P.-S. :

Lionel Belmondo (saxophone ténor), Yvan Belmondo (saxophone baryton), Julien Alour (trompette, bugle), Jean-Philippe Sempere (guitare), Sylvain Romano (contrebasse), Jean-Pierre Arnaud (batterie).

[1On peut comprendre son point de vue dans la mesure où tout musicien souhaite installer sa propre dramaturgie, mais il faut rappeler que le Manu Jazz Club doit aussi être un rendez-vous pour le public, toujours prompt à échanger durant quelques minutes autour d’un verre, voire à acheter des disques.