Scènes

NJP dans les eaux limpides de Mare Nostrum

Chroniques #NJP2016 - Chapitre 3
Vendredi 7 octobre 2016, Salle Poirel. Jan Lundgren, Richard Galliano, Paolo Fresu « Mare Nostrum II ».


Mare Nostrum © Jacky Joannès

Mare Nostrum est l’enfant des rêves de trois musiciens qui ont la mélodie et le chant chevillés au corps. La Salle Poirel est tombée sous le charme d’un trio dont les songes contemplatifs sont aussi les nôtres.

NJP, terre de contrastes. Après le déferlement d’Ibrahim Maalouf et son show très (trop ?) scintillant au Chapiteau de la Pépinière, le festival proposait hier soir au public d’effectuer un virage à 180 degrés. Finie la super production, place cette fois à la possibilité d’une île cernée par des eaux calmes et limpides. La musique comme une évasion.

Ils sont entrés sur scène, à pas de loup : à gauche, Jan Lundgren pianiste suédois sanglé dans un discret costume gris ; au centre, Richard Galliano et son accordéon, collés l’un à l’autre et tout juste rentrés du Brésil ; à droite, Paolo Fresu, son bugle et sa trompette, dont le chic vestimentaire rappelle qu’il n’est pas un Italien pour rien. Voilà près de dix ans que leur histoire a commencé, eux qui sont nés en des lieux éloignés les uns des autres, mais avec pour point commun cette mer dont ils veulent célébrer l’éternité. Leur association a donné le jour à un premier disque, Mare Nostrum en 2008 et, tout près de nous, au début de l’année, à une suite simplement intitulée Mare Nostrum II.


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Paolo Fresu, Jan Lundgren © Jacky Joannès

Ces deux albums constituent comme on s’en doute la source du concert. Le trio y puisera dans un grand sourire partagé une douzaine de compositions unifiées par la même nécessité de célébrer la beauté d’une géographie qui n’est peut-être pas celle que chacun d’entre nous visite au quotidien, mais s’offre à nos yeux et nos oreilles comme la quête d’un ailleurs sublimé. La virtuosité des musiciens, pour bien réelle qu’elle soit, cède la place, dès les premières notes de « Mare Nostrum », à une communion de leurs chants. Et ce n’est pas sans un certain émerveillement qu’on s’abandonne à cette poésie du flux et du reflux. Mare Nostrum repousse les tempêtes et donne envie de se poser, là non loin du rivage, afin d’observer et prendre une longue et lente respiration. Oui, s’arrêter, enfin. Lundgren, Galliano et Fresu sont des musiciens de la contemplation, amoureux des musiques qui chantent et embarquent celles et ceux qui veulent bien les suivre vers des lieux où règne une paix qu’il faut savoir préserver et dont la mer est le symbole. Ils prouvent que ces endroits secrets existent encore et savent survoler les continents en toute fluidité. Voici par exemple un air du folklore suédois (« Kristallen Den Fina »), avant une échappée clin d’œil au Brésil et une composition d’Antonio Carlos Jobim (« Eu Nao Existo Sem Voce »). Même Erik Satie (« Gnosienne ») est du voyage, lui qui parfois trouvait son inspiration dans les musiques tziganes.


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Richard Galliano © Jacky Joannès

Mais à peine a-t-on pris son envol que déjà la fin du voyage est annoncée. Comment ces trois-là s’y sont-ils pris pour nous faire oublier tout le reste ? Ils reviendront toutefois… La conclusion du concert en forme de double rappel rappelle qu’au-delà de la géographie rêvée de ce si élégant Mare Nostrum et de la contemplation de paysages enchantés, cette musique est aussi celle d’un autre long voyage, dans le temps celui-là, parce que celle-ci est une et indivisible, par-delà les époques. Quatre siècles ou presque séparent en effet les deux ultimes mélodies offertes à un public qui ne veut plus sortir de ce rêve éveillé et son « Blue Silence ». C’est tout d’abord une incursion au XVIIe siècle avec« Si dolce è il tormento », une aria de Claudio Monteverdi et, bien plus près de nous, « Que reste-t-il de nos amours ? » de Charles Trenet. Le concert est terminé, les spectateurs se sont levés et les yeux brillent. Jan Lundgren, Richard Galliano et Paolo Fresu ont accompli un petit miracle : pendant un peu plus d’une heure et demie, ils ont arrêté le temps.

Sur la platine : Mare Nostrum (2008 – Act Music) ; Mare Nostrum II (Act Music – 2016).

On peut revoir le concert ICI.