Chronique

Flash Pig

Remain Still

Adrien Sanchez (ts), Maxime Sanchez (p), Florent Nisse (b), Gautier Garrigue (dms)

Label / Distribution : Plus Loin Music / Abeille Musique

Si le nom du groupe et les visages d’enfants du rock qu’affiche joyeusement la pochette peuvent laisser croire que la musique ira lorgner du côté des fusions actuelles, il s’agit bien pourtant d’un quartet de jazz inscrit dans une certaine tradition, celle du bop. Car le jeu organique et les compositions raffinées situent clairement ce premier disque dans cette sphère où les musiciens ne cherchent plus l’originalité par le mélange d’ingrédients, mais la qualité par la valorisation de ce langage qui a, décidément, refusé de vieillir.

Là où la démarche de Flash Pig se rapproche du rock (par exemple), c’est par le soin que ses membres apportent à la puissance du son d’ensemble, qui s’épaissit avec les heures de route et les heures de vol. La connivence entre les excellents Florent Nisse et Gautier Garrigue en est une bonne illustration. Le bop est historiquement une musique de héros volages, et il s’agissait à une époque d’associer la bonne rythmique au bon soliste pour que les grands albums se mettent à pleuvoir. Les musiciens de Flash Pig, eux, associent le vocabulaire de ces héros à une culture de groupe qui sert leurs intentions, en terme de cohérence, mais aussi sur le plan de la qualité d’écriture.

La majorité des compositions sont signées Maxime Sanchez, compositeur passionnant (doublé d’un pianiste fort doué) qui se dévoile à travers des pièces optimistes favorisant les développements musclés, ou des ballades montrant que groupe sait aussi faire preuve de force et de bon goût dans les structures plus aériennes. Une des qualités de Flash Pig est de transposer ces intentions formelles au niveau de chacun. Il suffit d’écouter « Image F », petit bijou d’écriture et de douceur : on a affaire à une formation d’une grande maturité. N’est-ce pas sur les morceaux lents qu’on voit le mieux si les musiciens savent faire rêver ? Ici notre enthousiasme est sans réserve. Le chorus d’Adrien Sanchez, saxophoniste mélodique à la sonorité puissante et chaleureuse, n’y est pas pour rien. Tout cela est d’une rafraîchissante vitalité. Cette musique, qui porte en elle la culture de la danse et de l’improvisation, est tout à la fois généreuse et humble. C’est qu’ils pourraient, ces jeunes aux lunettes de toutes les couleurs, nous en mettre plein la vue, si derrière leurs verres teintés ne se cachaient des yeux restés rivés sur le sens du propos. Il y a, en abondance, des solos intenses, des arrangements astucieux, des emportements. Mais aussi des silences, des effleurements et, surtout, une manière réfléchie d’organiser les élans individuels afin de les mettre en perspective les uns par rapport aux autres.

Et comme ces jazzmen sont rock’n’roll, ils choisissent comme seul « standard » le générique de l’adaptation télé de Tintin, qui rappellera sûrement de bons souvenirs à beaucoup d’entre nous. Comme quoi, il n’y a pas que dans les vieux pots qu’on mitonne de bons plats.