Chronique

François Tusques

Tusques is now !

François Tusques (p), Fabien Robbe (tp), Claude Le Baron (bmb), Eric Leroux (ts), Jérôme Gloaguen (d)

Label / Distribution : Auto Productions

Il y a autour de François Tusques, décidément l’une des légendes discrètes du free jazz français, toute une communauté de musiciens activistes toujours prompts à continuer, à perpétuer même le travail du pianiste où à jouer avec lui, toujours vert malgré ses 65 ans de free. Soixante-cinq ans, vous avez bien lu, et c’est d’ailleurs à cette occasion, dans sa Bretagne d’adoption, que Tusques a fêté cet anniversaire, aux côtés de la trompette de Fabien Robbe, avec qui il avait enregistré Sans Détours en 2023, premier disque de Tusques depuis des années, et un duo avec Alexandra Grimal chez Improvising Beings, qui a eu son importance dans la perpétuation de l’idée tusquienne. Et notamment de son Intercommunal Free Dance Music Orchestra, auquel le présent quintet et la bombarde de Claude Le Baron font directement référence.

Enregistré en 2024 dans le petit conservatoire de Pontivy, Tusques is Now ! montre à quel point le groove du pianiste et son sens du blues n’ont rien perdu en route. Sa complicité avec Robbe est évidente, tout comme le rôle très bâtisseur de Jérôme Gloaguen à la batterie, remarquable sur ces “Libres propos” qui rappellent que la musique de Tusques ne rentre pas forcément dans les cadres. Main gauche puissante, il laisse beaucoup de place à une trompette chaleureuse qui surfe sur une base rythmique solide. Quand le saxophone ténor d’Eric Leroux vient s’allier à la trompette sur “Blues du Moulin” ou sur “Les Amis d’Afrique” qui rappelle la proximité de Tusques avec des musiciens africains comme Jo Maka ou Ramadolf Winckler, c’est toute la dimension de l’Intercommunal que l’on retrouve. Avec un bonheur renouvelé.

On retrouvera ce même bonheur des retrouvailles avec “Work by Tusques”, une jolie fable monkienne jouée par Tusques tout seul, et qui raconte une autre version de la fête, une déconstruction sensible d’un jazz envisagé comme un espace de travail pour toujours turbulent : dans la seconde partie, on retrouve en effet François Tusques en solo, sans décorum mais avec beaucoup de talent, dans un disque qui n’a rien d’un hommage, mais tout d’un vif éclat de joie.

par Franpi Barriaux // Publié le 5 avril 2026
P.-S. :