Chronique

La Litanie des Cimes

Mah Under The Repetitive Skies

Clément Janinet (vln), Bruno Ducret (cello), Élodie Pasquier (cl, bcl), Mah Damba (voc)

Label / Distribution : Cyclope Records

Il y a chez Clément Janinet un goût pour la constance. La constance n’est pas la répétition, même dans une musique inspirée par la musique répétitive. La constance n’est pas le recyclage : c’est l’art d’être cohérent et de reprendre le travail où on l’avait laissé. Voire de le faire voyager dans d’autres paysages d’une même route. Il y avait dans les premiers disques de la Litanie des Cimes, son beau trio chambriste avec Bruno Ducret au violoncelle et Élodie Pasquier aux clarinettes, quelque chose entre « une africanité convoquée et un baroque suggéré ». Entre deux, l’appel des grands espaces était grand, celui d’un désert, américain ou africain. Avec Mah Under The Repetitive Skies (MURS, comme d’autres furent OURS), le violon de Janinet rebat les cartes en compagnie de la diva mandingue Mah Damba et, si l’africanité est centrale, elle semble évoluer dans le sable rouge du Nevada, entre deux mondes et autant de traditions (« Jelibaba », joyau de cet album).

Le violoniste, ancien de Radiation 10 qui nous avait éblouis avec son récent projet Garden of Silences créé à Nevers, danse avec souplesse parmi tous ces climats avec un goût certain pour la contemplation, laissant Pasquier se charger des couleurs avec une clarinette délicieusement boisée. Dans « Koumbemadia », le violon est un astre sombre qui fait corps avec le violoncelle pendant que la clarinette fonde une rythmique sur le chant de Mah Damba. Et quand tout le monde rejoint Élodie Pasquier, elle ouvre un nouveau chemin. Il y a une grande poésie dans ce trio augmenté par la chanteuse, une chaleur qui se lève comme une aurore en montagne, soudaine et accompagnée par les chants d’oiseaux.

Le rôle de Mah Damba est assez hypnotique. Et si MURS porte son prénom, c’est qu’elle est la ligne de fuite de ce beau paysage. Élodie Pasquier et Bruno Ducret, avec leurs instruments si proches de la voix, décrivent un paysage à la fois minimaliste et plein de détails (« Yaya ») que le violon fait tournoyer dans un pas de danse solitaire (« Maningakp »). Il y a beaucoup de douceur dans le propos de la Litanie des Cimes qui sait se nourrir de l’imaginaire de son invitée pour fonder de nouveaux paysages. On découvrira un nouveau terrain de jeu en 2026 avec la pianiste estonienne Kirke Karja. Gageons que la rencontre sera elle aussi des plus chaleureuses.

par Franpi Barriaux // Publié le 8 février 2026
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