Scènes

Jazz à Vienne 2012 (3) - 30 juin

Selon la volonté de Stéphane Kochoyan, le nouveau directeur de Jazz à Vienne, La deuxième soirée du Festival, samedi 30 juin, est consacrée à la nouvelle génération de la musique bleue avec en première partie Robert Glasper. Une génération qui a beaucoup à dire et qui le dit bien…


« Samedi 30 juin 2012 : Robert Glasper Experiment : la nouvelle génération assure », par Dominique Largeron

Selon la volonté de Stéphane Kochoyan, la deuxième soirée du Festival, le samedi 30 juin, était consacrée à la nouvelle génération de la musique bleue, avec en première partie Robert Glasper. Une génération qui a beaucoup à dire et qui le dit bien…

Une politique de programmation musicale moins axée sur les valeurs archi-sûres et plus sur la génération montante du jazz. Telle a été, dès son arrivée, l’ambition affichée par le nouveau directeur de Jazz à Vienne, bien décidé à ménager une large place à la nouvelle génération de jazz (wo)men. Pour lui, l’avenir de la plus grande manifestation jazzistique française passe avant tout par la découverte des stars de demain, faut de quoi elle risque tout bonnement de disparaître. Il a amplement raison, mais cette politique n’est pas sans risque au niveau de la fréquentation, on l’a constaté lors de cette 32ème édition avec une baisse de de 12,5 % des festivaliers sur les gradins, même si la raison est surtout à chercher du côté de la pluie et à la crise. Mais Kochoyan assume ses choix. Ce dont on ne saurait le blâmer.

Ainsi, ce samedi 30 juin, lors d’une soirée intitulée « Nouvelle Génération », le Texan Robert Glasper et la Texane Erykah Badu attirent « seulement » un peu moins de quatre mille spectateurs. Dans l’absolu c’est beaucoup, mais pour une capacité proche de huit mille places, c’est une jauge très moyenne.


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Robert Glasper © Marion Tisserand

Les amateurs du jazz qui se mitonne aujourd’hui sur scène et dans les clubs n’ont pourtant pas eu à le regretter. Menée par la formation de Glasper, « Experiment », la première partie de soirée déroule les titres du dernier opus du pianiste de Houston : Black Radio. A l’image de l’album, le concert est une alternance de reprises de Nirvana, voire de Coltrane, façon jazz funk avec une couche de hip pop et des solos au synthé et au piano. Une personnalité musicale qui explore, qui cherche en utilisant tous les matériaux mis à sa disposition, et qui ne laisse pas indifférent.

Le saxophoniste et chanteur Casey Benjamin au look un peu allumé (et qui ressemble à s’y méprendre au tennisman Jo-Wilfried Tsonga) recourt à un vocoder, ce qui est rare sur les scènes jazz. Analysant les principales composantes spectrales de la voix, l’instrument restitue un son synthétique, en l’occurrence celui d’une voix métallique du plus bel effet. La nouvelle génération adore les joujoux électroniques… Mais elle sait aussi s’en passer comme le prouve en rappel Glasper, qui gratifie le public d’un solo d’une grande élégance. Sans doute, grâce à ce concert, le reverra-t-on à Vienne, mais cette fois en seconde partie, celle des musiciens déjà bien installés au firmament du jazz.


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Casey Benjamin, photo Dominique Largeron


Line-up : Robert Glasper (p, synth), Casey Benjamin (s, vocoder), Derrick Hodge (b), Mark Colemburg (dms).


« Erykah Badu, le show millimétré », par Jean-Claude Pennec

Elle n’a pas déçu. Mais elle n’a pas non plus transporté plus que de raison le Théâtre antique lors d’un concert superbement mis en scène, mais auquel manquait un brin de folie contagieuse.

Erykah Badu ? Silhouette presque frêle sous un poncho inélégant, la jeune femme porte évidemment les espoirs d’une des premières « grandes » soirées de Jazz à Vienne 2012. A la fois pour cette musique au groove obsédant, pour ces thèmes répétés à l’envi par un public conquis, et pour la place que l’artiste occupe, au carrefour de belles influences.

Au total, 90 minutes d’un show millimétré avec ce qu’il faut de décibels, de musiciens et de choristes pour imposer celle qui, après ses albums et ses clips est tout de même attendue au tournant. Et de fait, si elle séduit un public venu pour elle, Erykah Badu livre le concert que l’on attendait, ni plus ni moins, sans forcément savoir transmettre l’énergie et la foi qui l’animent.


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Erykah Badu © Marion Tisserand

Pourtant, hiératique, tour à tour secrète et emportée, jouant de sa voix tantôt rauque, tantôt enfantine, la Texane sait nous enjôler en faisant monter peu à peu la sauce d’une musique foisonnante. Bien secondée par des choristes attentifs, elle reprend les thèmes phares d’une carrière déjà longue (son premier album remonte à une quinzaine d’années) et nous introduit dans une musique dont l’oreille aime chercher les origines - « Apple Tree », un thème de Donald Byrd, l’inévitable « The Healer »… On revient en terrain connu. Sans, malheureusement, la ferveur un peu décalée que distillent ses albums.