Chronique

Jean-Pierre Jullian Sextet

La Naissance du soleil et de la lune

Jean-Pierre Jullian (d), Christine Bertocchi (voc), Étienne Lecomte (fl), Guillaume Orti (as), Éric Chalan (b), Tom Gareil (vib)

Label / Distribution : Mazeto Square

Peut-être est-ce l’usage de cette langue aztèque, inconnue de la plupart et n’ayant aucune racine commune avec les langues européennes, mais lorsque la chanteuse Christine Bertocchi, qu’on avait entrevue dans l’un des avatars du Kami Octet, se lance dans la première partie de la suite « Le Soleil », le son du nouveau sextet de Jean-Pierre Jullian a des airs de Magma. Cela se dissipe rapidement, notamment avec l’entrée en piste du flûtiste Étienne Lecomte et le saxophoniste Guillaume Orti qui reviennent à l’essence plus classique d’un jazz contemporain, bien portés également par une doublette très complémentaire, Tom Gareil au vibraphone et Jullian lui-même à la batterie.
 
Passionné par le sous-continent américain, Jean-Pierre Jullian en revient aux origines avec La Naissance du soleil et de la lune, un hommage à la civilisation aztèque et à ses dieux, marqué par une écriture très fluide. « La Lune », seconde suite de ce disque, paraît d’ailleurs plus légère et aérienne, avec une musique moins ancrée dans le sol. Le jeu de Jullian, plus porté sur les cymbales, s’en ressent, tout comme d’ailleurs celui de Gareil, décidément le point central de tous les orchestres du Sudiste. C’est peut-être ce qui ne change pas, quelles que soient les cosmogonies et les mythologies : la lune est source de rêve, ce que Bertocchi illustre sur son chant dans la seconde partie de « La Lune ». « La Terre » quant à elle s’inscrit davantage dans la rythmique très marquée du contrebassiste Éric Chalan, transfuge de l’ensemble Dedalus.
 
L’étrange, lui, vient du mélange des deux, de « L’Éclipse », la crainte millénaire. Le travail de Christine Bertocchi avec les soufflants est alors particulièrement fructueux, s’appuyant sur des thèmes simples que le drumming de Jullian polit avec beaucoup de douceur mais aussi, dans la voix de la chanteuse, un certain sens de la rupture qui plaît beaucoup à Guillaume Orti. Avec ce disque paru chez Mazetto Square, Jean-Pierre Jullian continue un travail sur cette Amérique du Sud qui le fascine sans tomber dans les clichés latinisants [1], préférant rester dans la ligne d’un jazz francophone contemporain assez luxueux.

par Franpi Barriaux // Publié le 8 février 2026
P.-S. :

[1Ce qui semble justice quand il s’agit des Aztèques qui n’avaient rien demandé, NDLR.