
Auteur et acteur d’une musique qui se reconnaît immédiatement, tant dans son geste que dans sa construction, le percussionniste et batteur new-yorkais John Hollenbeck ne s’est jamais limité à son Claudia Quintet, pas davantage qu’au travail qu’il mène en trio sous l’égide de la flûtiste Anna Webber. Souvent tenté par les grandes formations, on se souvient de sa collaboration avec l’ONJ de Daniel Yvinec. C’était il y a quinze ans, et cette approche musicale, faite de brisures rythmiques et de raffinement contemporain, a continué d’évoluer, notamment avec le John Hollenbeck Large Ensemble, dont le dernier disque date de 2020 ; date à laquelle a débuté la présente collaboration avec le luxueux NDR Bigband de Hambourg. La lecture de « Entitlement », un morceau du Claudia Quintet, montre bien le soin apporté par le compositeur à l’amalgame des timbres, avec cet orchestre malléable et capable de tout, à la manière d’un synthétiseur de chair et d’os où trombone (remarquable Dan Gottshall) et clarinette se taillent la part du lion.
C’est la structure voulue par Hollenbeck dans ce Colouring Hockets qui est fascinante. Bien entendu, on s’enivre de la pâte orchestrale et de la profondeur des pupitres qui s’amusent indéniablement avec un matériel sophistiqué - en témoigne « Drum Hocket » où les percussions et la rythmique sont mises en avant sur le temps long, permettant notamment à la guitariste Sandra Hempel d’engendrer des discussions multiples avec les autres instruments. Comme à l’accoutumée, le travail d’Hollenbeck ressemble à des microstructures qui s’articulent à la manière des briques en plastique d’un jeu de construction [1] et font de l’infiniment petit un élément à part entière d’une architecture d’ensemble à la simplicité étourdissante, même lorsque la tournure se fait plus abstraite (« Howts Higs », qui doit beaucoup au piano de Florian Weber).
La grande trouvaille de Hollenbeck pour ce travail avec le NDR, c’est de jouer avec la ligne de fracture, en opposant au grand format un trio de percussionnistes où il côtoie Matt Moran et Patricia Brennan. Sur la formule du concerto grosso, il intègre cette cellule comme une perspective, une ligne de fuite qui permet des échanges infinis, à l’instar de « Marimba Hocket » où Brennan offre toute la palette de son talent dans un dialogue avec la clarinette basse de Luigi Grasso. C’est un terrain de jeu formidable que nous propose Hollenbeck ; une construction sans notice, joyeuse et colorée comme un jouet enfantin.

