Chronique

Hugo Blouin

Le Buffet

Label / Distribution : Ambiances Magnétiques

Si le Banquet de Platon évoque une série de discours qui portent sur la nature et les qualités d’Éros, Le Buffet d’Hugo Blouin s’ancre dans la réalité du quotidien en s’inspirant des paroles de proches qui parlent de la nourriture et de l’art. Ce quatrième album étonne une fois de plus après la parution des deux volumes de Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place qui traitaient de la corruption potentielle dans la gestion des contrats publics de construction, et de Sport National, dédié au hockey sur glace. Nos cousins montréalais sont passés maîtres dans l’art de calquer la langue québecoise sur des mélodies anachroniques : René Lussier avait initié l’aventure avec son joyau intemporel Le Trésor de la langue en 1989 et cet enregistrement ne fait que confirmer la réussite de ce genre musical unique.

Depuis des décennies, les chemins d’Hugo Blouin sont imprégnés de jazz, de folk, de chanson. Après avoir collaboré aux groupes MAZ et Brasser Brassens, il promène sa contrebasse avec le collectif Calgaréal, Christine Tassan Quintette, Petite Maison de Marion Rampal et avec la poétesse Véronique Bachand pour ne citer qu’une poignée d’artistes. Lors des premières écoutes de ce disque, la poésie qui caractérisait les premiers albums de Soft Machine ressurgit : Kevin Ayers aurait certainement goûté la « Soupe pragmatique » boostée par la frappe énergique de John Hollenbeck et le souffle dévastateur d’Aurélien Tomasi. Mais c’est la pianiste Marianne Trudel qui ne cesse de surprendre. L’abondance de ses notes combine les dissonances à des fulgurances rythmiques. Ces prouesses s’accomplissent avec des successions de climats énergiques qui composent « Plantée de chemin », au swing contagieux. On ne se lasse pas des paroles qui composent « La Patate au sucre » qui évoquent une recette inédite et se terminent en queue de poisson par : C’tait pas pire, c’tait pas pire, C’tait pas euh, étonnamment euh, Dégueulasse !

L’humour communicatif qui déferle est sublimé par la voix chaleureuse d’Eugénie Jobin Tremblay et les interventions calibrées des solistes. Cet équilibre parfait se concrétise avec l’improvisation de la trompettiste Émilie Fortin sur le texte surréaliste qui anime « Du jazz sérieux ». Par ses aphorismes bien sentis, Hugo Blouin est parvenu à abolir les frontières entre l’abstrait et le concret dans cet album décapant.

par Mario Borroni // Publié le 14 juin 2026
P.-S. :

Hugo Blouin (comp 1-10, lyrics 1-8,10, b, voc), John Hollenbeck (d, perc), Eugénie Jobin Tremblay (lead voc), Aurélien Tomasi (s, fl, bcl, back voc), Marianne Trudel (p), Alissa Cheung (vln), Émilie Fortin (tp), Marion Rampal (lead voc 10), Sylvaine Arnaud (back voc 6), Charlotte Layec (back voc 6), Blanche Baillargeon (lyrics 2), Robin Servant (lyrics 5), Olivier Therriault (lyrics 9)