Portrait

Laurent Dehors

Dehors, l’impertinent. Dehors, l’iconoclaste… Mais en dedans, qu’y a-t-il vraiment ?


Photo © H. Collon

Quand on pense à Laurent Dehors, on entend d’abord un éclat de rire. Non pas un de ces rires gras qui fusent faute de subtilité, mais un trop-plein d’enthousiasme qui s’épanche par la dérision. C’est ce qui a longtemps entretenu une forme d’incompréhension chez ceux qui aiment ranger les musiciens dans des tiroirs et des caractères. Dehors, l’impertinent. Dehors, l’iconoclaste… Mais en dedans, qu’y a-t-il vraiment ?

On souffre parfois du rire. Voilà ce que ce multianchiste formé à la clarinette au conservatoire de Rouen par le grand Jacques Lancelot nous a déjà expliqué dans un entretien. Il aura fallu aux moins sagaces sa récente Chanson d’amour pour comprendre enfin que Laurent Dehors est avant tout un écorché vif, un poète qui se réfugie dans le rire pour pas avoir à s’étendre sur ses sentiments. De fait, Chanson d’amour est un tournant dans sa carrière ; une armure fendue en compagnie de son alter ego le pianiste Matthew Bourne, étoile récemment apparue dans sa galaxie désormais rayonnante.


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Laurent Dehors © Franpi Barriaux

Laurent Dehors n’a jamais été friand de pianistes. Deux ont vraiment compté. Le second est Andy Emler, sans doute l’homme qui l’a percé à jour. Dans « Dehors dans les nuages », le leader du MegaOctet le pousse à faucher les solides racines de sa clarinette contrebasse pour s’envoler dans les stridences de la petite clarinette en si bémol, comme pour mieux lâcher prise. Une forme d’écriture que l’on retrouvera sur « Father Tom », sur E-Total.

Laurent Dehors, résident du MegaOctet depuis dix ans, est un homme de bande. La solitude ne l’intéresse pas. Voilà vingt ans qu’il mène - avec un équipage changeant mais un gouvernail assuré - sa propre barque où la personnalité des musiciens, leur capacité à tout jouer, compte plus que l’instrument proprement dit. Tous Dehors est né en 1993 à Rouen, où il est toujours basé ; depuis, les créations pleuvent. D’Idée fixe aux récentes Chansons politiques, la musique du groupe a toujours mélangé le jazz, la musique écrite occidentale, et cette culture populaire qui, pour Laurent Dehors, est tout sauf une coquetterie.

C’est avec cette conviction qu’il s’est approprié du répertoire opératique. La première de Carmen à l’Opéra de Rouen ayant conquis une salle au premier abord craintive, Dehors a continué à creuser son sillon ; de la Flûte enchantée à la Petite histoire de l’opéra, il aime faire danser la bossa aux Walkyries et mélanger la scie musicale de Catherine Delaunay aux violons de l’orchestre. Un labour n’est efficace que s’il est large, multiple et parallèle aux autres. Laurent Dehors l’a bien compris. La récolte est loin d’être terminée.