Chronique

Lava Quartet

Ethereal Chant

Almut Kühne (voc), Jordina Millà (p), Gonçalo Almeida (b), Wieland Möller (d)

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

C’est une atmosphère étrange et puissante, énigmatique également, qui nous accueille. La contrebasse de Gonçalo Almeida, coutumier des atmosphères puissantes avec Rodrigo Amado, joue ici entre pizzicati déflagrateurs et archet brumeux ; à ses côtés, le percussionniste Wieland Möller est le maître des climats. Ils sont nébuleux et impénétrables comme la nuit, mais se montrent aussi fiévreux et angoissants, à l’image des nuances de noir de « Fragrantia Obscura » où la contrebasse est d’une chaleur torride et inquiétante. Les peaux bondissent et vibrent, accompagnent la préparation du piano de la Catalane Jordina Millà dans la folle poursuite de « F*ria ». Elles sont même la clé de voûte de ces Ethereal Chant quand le Lava Quartet évoque comme le chant de baleines rendues folles dans le très dense morceau titre « Ethereal Chant ».

Mais ce Lava Quartet pleinement européen ne serait pas si incroyablement unique sans la chanteuse Almut Kühne qui complète l’orchestre. Les phonèmes qui se succèdent comme des averses soudaines et des explosions de joie enfantine offrent toutes les couleurs possibles à cette réunion germano-ibérique. Toujours dans « F*ria », elle entraîne le piano et les percussions dans une course zigzagante et sans but, un peu comme ces jeux de piste qui n’en finissent jamais avant le coucher du soleil rasant… Il faut qu’Almeida s’interpose pour emmener Möller dans une ligne rythmique irréfragable pour que les choses s’ordonnent. Très vite, le pianiste, très à son avantage dans cet album, se joint à ce flot, et c’est un cheval galopant que Kühne chevauche avec une joie pétillante, toujours prête à accélérer les choses, mais qui sait aussi laisser place au calme lorsque la contrebasse se décide à prendre la lumière.

Lava Quartet pourrait suggérer l’inexorable avancée d’une matière sirupeuse et incandescente. C’est davantage un précipité instable et pétillant que nous offre l’orchestre. Dans la lignée de ce qu’elle proposait dans How Noisy Are The Rooms, Almut Kühne propose un chant et une voix très théâtrale, versatile en diable et jamais ivre de tangentes. Mais c’est bien le travail collectif qui est mis ici en avant pour le label polonais Fundacja Słuchaj dans un creuset caniculaire et rayonnant qui sait jouer avec les codes de la nuit noire.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 septembre 2025
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