Chronique

Sakata/Noble/Edwards/Di Domenico

Live At Cafe OTO

Akira Sakatat (as, cl, voc, perc), Giovanni di Domenico (p), John Edwards (b), Steve Noble (dms)

Label / Distribution : Clamshell Records

Après un récent Iruman ou le multianchiste nippon Akira Sakata affichait sa grande complicité avec le pianiste italien Giovanni di Domenico pour un voyage sensible au travers d’un Japon fantasmé, décliné en une multitude d’instantanés, on retrouve le duo dans un café londonien où se sont déjà enregistrés bon nombre de concerts de free jazz. Surprise : pour l’occasion, une autre doublette s’est joint à eux. Une paire rythmique typiquement britannique où l’on retrouve le contrebassiste John Edwards, récemment aperçu aux côtés de François Carrier, et son vieux complice le batteur Steve Noble, qui fut un partenaire régulier de Derek Bailey ou Lol Coxhill, pour ne citer que le Royaume-Uni. Live at Café Oto est un disque réalisé en une prise, sans filet ; il scelle la rencontre d’un quartet qui n’est pas effrayé par le contact ni l’urgence.

La première partie du concert consiste en une algarade entre un alto secoué de spasmes et le tonitruant jeu d’archet d’Edwards. La masse belliqueuse de la contrebasse est le champ idéal pour le carambolage gigantesque de chacun des solistes. L’alto de Sakata hurle, porté par la batterie de Noble qui roule comme un orage. Au milieu du déluge, le piano s’épanche en petites giboulées aigrelettes, quand Di Domenico ne plaque pas des clusters rageurs. Soudain tout se calme. Une trêve s’organise à mesure que les pizzicati se font plus sereins tout en continuant à gronder. C’est le moment choisi pour passer à la clarinette ; les échanges du quartet se font alors plus complexes, notamment grâce au lyrisme d’un piano devenu moins cogneur. Edwards reste néanmoins central dans le dispositif de tension, comme une courroie de transmission des climats voulus par Sakata, véritable maître du jeu.

C’est lui qui chamboule encore le quartet en psalmodiant au milieu des cloches une litanie japonaise qui semble tout droit sortie d’un temple Shintō. Cette nouvelle facette rappelle ce qu’il a pu développer avec le pianiste au cœur de leur album commun. Le propos se fait alors plus nuancé, chaque musicien cherchant à apporter du relief à la transe éraillée de Sakata. Edwards grince, s’instille entre les cymbales caressées de Noble et le martèlement du piano avant de repartir vers des claquement puissants qui donne à ce concert mordant des atours de vis sans fin.