Scènes

Wood sur la péniche l’Improviste

Concert parisien de sortie de disque pour le duo Wood : Matthieu Donarier (ts, ss, cl) et Sébastien Boisseau (b).


Une grande partie du disque a été enregistrée en concert. C’est donc dans leur biotope naturel, face au public, que Donarier et Boisseau donnent de nouvelles lectures de leurs morceaux, sculptés dans une collaboration au long cours.

Ce 11 mai 2013, peu de matériel sur la scène de l’Improviste : une contrebasse sombre attend, un saxophone soprano et une clarinette semblent se tenir compagnie, et un saxophone ténor est posé à côté d’un unique pupitre, placé au centre. Les musiciens ne sont pas encore là que déjà l’espace saute aux yeux. Et d’espace, il est forcément question lorsqu’il s’agit d’assurer deux sets sur la simple base du dialogue. Il faut avoir suffisamment à dire sans laisser s’éterniser la conversation. Avoir des sujets à exploiter, des points de vue à confronter. Il faut capitaliser sur ce qu’apporte l’autre, ne pas rester centré sur son propre discours.

Sébastien Boisseau et Matthieu Donarier ont de la matière, une écoute mutuelle sur laquelle ils misent autant que sur leur propos personnel. Ils ont aussi l’habitude de converser, en duo ou au sein des formations qui les ont si souvent réunis. C’est peut-être par là qu’il faut aborder Wood. Tous deux communiquent, vraiment. Ils ne se contentent pas d’interagir, mais s’efforcent de s’alimenter l’un l’autre, d’opposer des avis divergents sur les chemins à emprunter tout en restant d’accord sur la destination. Ils savent se mettre en retrait pour accueillir et intégrer un argument intéressant, pour repartir de celui-ci en l’étoffant de leurs propres idées. Alors les lignes mélodiques se diffractent puis convergent, les thèmes sont tantôt joués à l’unisson, tantôt suggérés par l’addition des deux voix, les improvisations sont le théâtre d’un étrange ballet où chacun fournit un accompagnement en forme d’acquiescement. Et l’orateur de se retirer afin de mieux laisser son interlocuteur conduire à son tour le débat. C’est à travers ce processus - et il serait vain de chercher à décrire la forme des échanges qui en résultent -, que sont nés les morceaux, improvisations devenues compositions, comme autant d’objets sculptés dans des bouts de bois ramassés durant de longues marches aux itinéraires incertains.


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Wood, Photo Christian Taillemite

Matthieu Donarier et Sébastien Boisseau sont de ces orateurs qui captivent leur auditoire par la pertinence de leurs propos et privilégient des exposés concis, jouant principalement sur la complémentarité de leurs personnalités musicales dans un processus maîtrisé de passage de relais. Ces développements apprivoisent le silence grâce à des nuances de toucher et de souffle qui leur ouvrent un champ d’expression allant du susurrement à la voix pleine. Et c’est ce qui les rend fascinants. Ce souci du détail n’aura pas échappé au public de ce soir, qui a montré une remarquable qualité d’écoute, comme pour encourager les musiciens à rivaliser de subtilité. Ils en ont tiré parti, l’un tirant de son souffle prégnant de magnifiques phrases presque détimbrées et livrées aux caprices du vent, l’autre caressant ses cordes avec une infinie douceur, livrant des confidences essaimées au gré d’une discussion animée. Les envolées lyriques, souvent impressionnantes malgré une volonté affichée de fuir toute forme de démonstration, sont servies par un son ample, organique et coloré jouant un rôle prépondérant, quels que soient le registre et l’énergie déployés, dans la magie qui se dégage ici.

Deux artistes qui se mettent presque à nu, en ne gardant pour eux que leurs rêves d’équilibristes, leur poésie, et un peu de bois.