Chronique

Tomeka Reid Quartet

Dance ! Skip ! Hop !

Tomeka Reid (cello), Mary Halvorson (eg), Jason Roebke (b), Tomas Fujiwara (d)

Label / Distribution : Out of Your Head Records

La violoncelliste Tomeka Reid donne une suite discographique à un quartet qu’elle conduit depuis 2015 et dont le précédent disque est paru voici seulement deux ans. Avec toujours à ses côtés quelques-unes des personnalités qui depuis vingt ans prolongent et renouvellent les grandes pages de la musique issue du jazz, elle nous plonge dans une musique spontanée qui est la marque de ce groupe.

En cinq pistes seulement, le quartet s’engage en effet dans une pratique où l’interaction tient une place primordiale et où compte avant tout l’intention du musicien. La guitariste Mary Halvorson et la violoncelliste constituent ainsi une paire soudée parfaitement complémentaire et ne cessent d’interagir avec un grand naturel. Si la première propose avec à-propos une variété de couleurs qui changent l’humeur de son discours, la violoncelliste, bien souvent soliste, reste toujours sur le même mode en attaquant ses cordes en pizzicati avec un mordant qui stimule d’autant ses partenaires.

Tomas Fujiwara notamment, par une batterie légère, tient lieu de moteur indéfectible ; en se tenant au plus près des deux solistes, il pousse un peu plus en avant leurs interventions en se plaçant sur un pied d’égalité. La basse de Jason Roebke, quoique plus discrète, déroule des lignes qui se glissent avec intelligence entre chacune des parties avec un rebond qui permet au collectif de gagner en légèreté plutôt que de s’asseoir dans les profondeurs du son.

Pour autant, la force de ce quartet ne tient pas seulement à sa fluidité de jeu. Les compositions se prêtent, il est vrai, à ce type d’exercice, mais, surtout, elles en permettent l’expression. À la fois simples dans leur mélodie, toujours chantantes, possédant ce je-ne-sais-quoi d’accrocheur qui les rend totalement immédiates, elles sont suffisamment inspirantes pour inviter à explorer l’intégralité du possible des thèmes énoncés. Jalonnées par quelques éléments malignement positionnés pour fermer un cycle ou relancer une nouvelle dynamique, la structure de ces quelques titres est autant une ouverture à la liberté qu’un périmètre à habiter. Sur le délicat Under The Aurora Sky, par exemple, chaque membre semble être son propre arrangeur et cette indépendance des parties autour d’un projet commun produit une musique qui conserve une grande clarté.

Car la maturité acquise par des membres qui se côtoient beaucoup par ailleurs, plutôt que de scléroser des automatismes vidés de sens, assouplit davantage encore leur pratique. Ils font preuve d’une plasticité renouvelée et déploient une musicalité coulante d’une belle fraîcheur.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 22 mars 2026
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