Chronique

Christoph Irniger Pilgrim

Italian Circus Story

Christoph Irniger (ts), Dave Gisler (g), Stefan Aeby (p), Raffaele Bossard (b), Michi Stulz (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Il y a quelques années que le saxophoniste Christoph Irniger « pérégrine » sur la scène jazz internationale. Après un album en trio avec des musiciens installés comme lui à New York, le voici dans un studio lisboète pour le deuxième album de Pilgrim. Mt. Tongariro, le premier, était un quartet où émargeait la pianiste Vera Kappeler. Italian Circus Story, aussi chez Intakt Records, est un quintet de Suisses, majoritairement originaires de la pétulante Lucerne.

De la première formule ne subsiste que Michi Stulz, batteur très sensible qui se distingue tout particulièrement sur « Man Like ». La ligne de crête de ses frappes césure avec autorité les circonvolutions nerveuses d’Irniger et du guitariste Dave Gisler pour mieux lancer une phrase aux résonances classiques du pianiste Stefan Aeby, autre figure montante du jazz helvétique. On retrouve également le contrebassiste Raffaele Bossard, membre du trio du ténor qui apporte ici une grande solidité rythmique, à l’épreuve dans « Italian Circus Story ». Dans ce morceau central, la guitare intime des changements de rythme constants que Pilgrim s’approprie en les déconstruisant sans perdre en tension. L’arrivée de Gisler dans cette formation permet de densifier une trame complexe d’où s’échappent parfois quelques langueurs bruitistes. C’est ainsi que dans « Jake The Snake », l’orchestre éclot d’un tonitruant frottement de cordes dans les tréfonds du piano, où tous les instruments se répondent en écho avant d’articuler une mélodie.

Beaucoup plus abstrait que Gowanus Canal, cet album renoue avec le prisme anguleux qu’il développait avec Chat Noir, bien plus que la précédente mouture de Pilgrim. C’est ainsi que sur « Entering The Concert Hall », la contrebasse et le piano s’assaillent avec une tension acerbe que le ténor assouplit peu à peu avant que Gisler ne viennent y jeter de l’acide. L’énergie électrique offre au jazz très contemporain de Pilgrim des liens fusionnels avec le rock, sans cependant se départir d’une certaine habileté rythmique (« Back In The Game »). Du cirque, Pilgrim a conservé un goût pour l’instinct et les acrobaties. Une certaine ingénuité aussi, qui donne à ce disque une couleur très agréable.