Portrait

Christoph Irniger : chantre de l’esprit d’initiative

Le saxophoniste suisse est en hyperactivité avant de reprendre la route.


Photo : Arne Hauge

Face à la pandémie de coronavirus, les musiciens cherchent un moyen de ne pas sombrer dans la déprime et de maintenir un regard tourné vers l’avenir. Le saxophoniste zurichois Christoph Irniger a décidé pour sa part de se plonger à fond dans un travail d’écriture – que ce soit pour ces deux principaux véhicules, un quintet (Pilgrim) et un trio, mais aussi en vue de former un big band.

Photo : Tom Lee

Bien entendu, il reste impatient de remonter sur les planches : les tournées visant à promouvoir son dernier album, Open City (Intakt) ont, comme tant d’autres, été annulées. Cet enregistrement présente son trio habituel avec le contrebassiste Raffaele Bossard et le batteur Ziv Ravitz augmenté pour la première fois de deux invités de marque, le saxophoniste alto Loren Stillman et le tromboniste Nils Wogram. « Initialement, il ne devait y avoir que Loren, précise Irniger. Alors que je composais pour l’album, j’ai trouvé que quelque chose clochait, qu’il manquait une coloration. Alors, j’ai fait appel à Nils que je connais depuis des lustres. »

Irniger est motivé par la recherche d’un langage personnel. « Je peux jouer un blues et cela peut être agréable, voire amusant, mais quelqu’un d’autre l’a déjà fait mieux que moi, confie-t-il. Je poursuis des phrases mélodiques qui me sont propres. Cela peut être une mélodie simple avec des rythmes ou des harmonies complexes – ou inversement. Monk est un bon exemple : ses morceaux reposent souvent sur un motif ou une accroche facile, mais le contexte harmonique est tout à fait personnel. » Comme le prouve Open City, le trio lui permet d’avoir plus d’espace et de liberté au niveau mélodique qu’avec son quintet qui comprend deux instruments chromatiques, le piano et la guitare. En outre, il est davantage ancré dans la tradition jazzique.

Bossard, le contrebassiste, est l’arme secrète du groupe. Il est le seul musicien à faire partie des deux projets du saxophoniste et à proposer des compositions. Aussi joue-t-il un rôle crucial dans la mise en application de la philosophie d’Irniger. « Dans un groupe, tout ne doit pas reposer sur le leader, sinon cela devient statique et barbant, explique-t-il. J’attends de mes musiciens qu’ils prennent des initiatives. Raffaele prend des risques et j’aime ça. »

À l’instar d’un nombre croissant de musiciens, Irniger s’implique également dans la vie culturelle locale en tant qu’organisateur ou programmateur. Il a lancé le Jazzwerkstatt Zürich Festival, mais a passé le relais au bout de deux ans, l’entreprise étant astreignante. Dans le cadre d’un autre festival, Unerhört !, il cherche à attirer l’attention des organisateurs sur des artistes méconnus. Mais c’est le programme Jazz im Seefeld qui semble lui apporter le plus de satisfaction. Il a convaincu les responsables d’une maison de quartier de présenter régulièrement des concerts auxquels assistent en moyenne une soixantaine de personnes. « Pour le jazz, c’est très important parce que trop de gens n’ont pas accès à cette musique, affirme-t-il. En outre, ce n’est pas trop compliqué à organiser et les musiciens peuvent se produire dans d’excellentes conditions. »

Si tout va bien, le trio et Loren Stillman seront en septembre dans le nord-est des USA et sillonneront l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas en fin d’année.