Chronique

Christoph Irniger Trio

Gowanus Canal

Christoph Irniger (ts, bcl), Raffaele Bossard (b), Ziv Ravitz (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Valeur montante d’une scène suisse alémanique en constante agitation, le saxophoniste Christoph Irniger a étudié, comme tant d’autres à Lucerne, la petite Chicago du lac des Quatre-cantons, avant de s’installer aux États-Unis, où il multiplie les collaborations, de Nils Wogram à Stephan Rusconi. Remarqué en 2007 avec Chat Noir, où il mêlait son anguleux ténor à un groove électrique foisonnant, on retrouve aujourd’hui sa musique dans une version en trio, plus dépouillée mais tout aussi urbaine.

Deux autres trentenaires européens, eux aussi installés à New York, forment la base rythmique entreprenante et très musicale d’une relation à trois circulaire et génératrice de mouvement. Pas de leader ici, bien que le saxophoniste signe la plupart des titres. Erniger favorise en revanche une prise de responsabilité commune, basée à la fois sur la clarté mélodique et la fluidité d’une polyrythmie colorée, à l’image de la pochette et de sa palette tachiste. Chaque morceau est donc une couleur, souvent vive (« Hello Africa »), définie tour à tour par chacun des membres. Par exemple, lorsque le jeu sec et profond du contrebassiste Raffaele Bossard se charge des pigments (« Kanon » qu’il a d’ailleurs écrit), une teinte sombre et profonde s’empare du trio, reprise par le timbre velouté de la clarinette basse.

Le Gowanus Canal traverse Brooklyn, comme ce trio qui s’inscrit durablement dans une esthétique tout droit sortie des clubs new-yorkais. Le batteur israëlien Ziv Ravitz, habitué aux triangles musculeux de Shai Maestro ou aux formations de Yaron Herman, trouve en Bossard un complice idéal pour évoquer un courant vraiment très continu… Dans un morceau central comme « Black Pearl », le plus long de cet album ramassé, l’axe puissant formé par la rythmique semble charrier un ténor dont la parole parcimonieuse et sereine laisse éclater la musicalité de ses comparses. Une efficacité évidente pour un premier album qui laisse augurer un avenir intéressant.