Chronique

Dave Gisler Trio + Jaimie Branch

Zürich Concert

Dave Gilser (g), Raffaele Bossard (b), Lionel Friedli (d), Jaimie Branch (tr)

Label / Distribution : Intakt Records

Le guitariste suisse Dave Gilser a découvert la trompettiste américaine à l’occasion du festival de Wilisau en 2018. Séduit par le son et l’univers de Jaimie Branch et sa faculté de toujours jouer de façon instinctive, débridée et sauvage, le guitariste a décidé de l’inviter à participer à un concert. Lors d’une carte blanche offerte par un autre festival d’avant garde, le unerhört ! de Zürich en 2019, les quatre musicien.ne.s se retrouvent sur scène après seulement quelques heures de répétitions derrière eux.
C’est toute la magie de ce disque.

Les compositions sont toutes du guitariste et certaines ont été écrites pour l’occasion, mais rien ne laisse percevoir une quelconque hésitation dans le propos ni la narration musicale. Tout s’enchaîne, s’exprime, se répond avec une fluidité étonnante. Le trio est bien entendu habitué à fonctionner en synergie, mais il est d’autant plus marquant de constater avec quelle aisance cet équipage habituel - Raffaele Bossard à la basse, Lionel Friedli à la batterie et le leader à la guitare - se déploie pour laisser une quatrième place équitable à la trompettiste. Et quelle place !

Toute la verve et l’espièglerie de l’autrice de Fly or Die est ici laissée libre et s’accorde avec le son rock et l’énergie binaire des compositions. Si bien que cet enregistrement live peut sans conteste figurer aussi bien dans la discographie de Gisler que dans celle de Branch.
Il y a quelques moments notables, comme sur « Cappuccino » où des fragments de phrase en allemand viennent ponctuer le discours comme le ferait un choeur dithyrambique. Ou encore l’introduction titubante de « Better Don’t Fuck with the Drunken Sailor » que Branch fait rôtir dans son pavillon. Tout le concert suit ce schéma d’alternance entre morceaux et ambiances très énergiques et suspensions aériennes, bruitages et douces mélodies. Le feu et la glace, l’ange et le démon…
La scène jazz helvétique n’a toujours pas dit son dernier mot et ce superbe disque le rappelle encore une fois, comme un nœud à son mouchoir.