Chronique

Daniel Studer & Giancarlo Schiaffini

Breeze

Daniel Studer (b), Giancarlo Schiaffini (tb)

Label / Distribution : Linae Obscurae

Du nom donné aux vents dans les différentes latitudes, le duo d’improvisateurs chevronnés que représentent Giancarlo Schiaffini et Daniel Studer fait un album. Breeze est une œuvre de courtes captations, si ce n’est d’instantanés où contrebasse et trombone dialoguent sur toutes les dimensions étendues de leurs gammes. Avec le remarquable « Otis », Schiaffini rappelle à quel point son trombone est vecteur de surprises, jouant avec l’embouchure pour faire ronfler le pavillon, ou usant de petites incises de coulisse pour accélérer soudainement. Daniel Studer, lui, évolue à l’archet sur des tonnes de brisures qu’il convient de rassembler. L’équilibre est précaire, et cela peut sembler plus audacieux de le renverser et de rebâtir.
 
Avec Daniel Studer, comme on a pu l’entendre dans son trio avec Harald Kimmig et Alfred Zimmerlin, la musique improvisée n’est jamais loin de la musique contemporaine - un domaine où Schiaffini excelle, questionnant souvent le jazz sous d’autres formes, comme il a pu le faire à de maintes reprises avec Sergio Armaroli. Nulle réminiscence d’Ayler ou de Monk : on est ici davantage, comme dans « Eurus », dans un exercice proche de la musique spectrale, un sujet que le tromboniste avait déjà abordé dans une référence à Luc Ferrari.
 
« Boreas » est dans cette même optique, le trombone jouant de ses sourdines pendant que la contrebasse privilégie les pizzicati secs, comme pour suivre une piste étrange et peu balisée mais plus longue que toutes les autres ; dans le même ordre d’idées, « Solanus » offre des chemins plus visibles mais tout aussi tortueux, comme recouverts par un sable étouffant et inéluctable qui réduit tout au silence. Breeze est un disque de détails, ou chaque mouvement est une remise en cause qui peut s’intégrer à une autre narration. L’impermanence au gré du vent est la ligne directrice d’une œuvre qui couronne deux musiciens intransigeants qui avaient eu loisir de jouer ensemble dans Ianus, au début du siècle, avec la chanteuse Silvia Schiavoni. Le talent, lui, est immuable.

par Franpi Barriaux // Publié le 14 septembre 2025
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